Sous la Pierre et la Forêt
Sous la Pierre et la Forêt
La Guerre des Gaules vue de l'intérieur, une nouvelle en deux voix de 58 à 51 avant notre ère.
58 avant notre ère. César envahit la Gaule. L'Histoire retient son nom.
Cette nouvelle retient les autres.
Lucius a dix-neuf ans, un pilum dans les mains et les pieds dans la boue d'une terre qu'il ne comprend pas. Vercinova forge le fer à Gergovie, apprend le latin en secret, et lit les rapports de l'ennemi avant même que ses chefs en soupçonnent l'existence.
Ils ne se rencontreront jamais. Ils se comprennent mieux que quiconque.
À travers leurs deux voix qui s'alternent — le soldat romain qui doute, la femme gauloise qui résiste par l'intelligence — Sous la Pierre et la Forêt raconte la Guerre des Gaules depuis le bas. Depuis la boue des fossés, les remparts d'un oppidum assiégé, les silences d'une forge familiale. Pas les stratégies de César. Pas les discours de Vercingétorix. Ce qu'on n'écrit pas dans les rapports de victoire.
Ce que ça pose comme question, et qu'on n'oublie pas :
Quand un peuple perd sa guerre, que reste-t-il ? Sa langue. Sa mémoire. Et les gens obstinés qui refusent de laisser les vainqueurs nommer les choses à leur place.
Une nouvelle historique. Deux voix. Aucun héros glorieux. Juste deux êtres humains dans l'engrenage d'une époque — et ce que ça coûte de rester debout quand l'Histoire vous passe dessus.
EXTRAIT :
La première chose qu'on voit de la Gaule, depuis le Rhône, c'est la brume.
Pas les arbres — bien qu'il y en ait, des arbres, des masses d'arbres, des forêts qui commencent à deux cents pas de la rive et ne s'arrêtent apparemment jamais, selon ce que racontent les éclaireurs. Pas les guerriers non plus, même si on sait qu'ils sont là, quelque part, à nous regarder depuis l'ombre des chênes. La première chose qu'on voit, c'est la brume. Elle monte du fleuve le matin, une buée froide et grise qui efface les contours, qui transforme les roseaux en fantômes, qui donne à tout ce bout du monde l'aspect d'un endroit où les frontières ne sont pas encore décidées.
Je m'appelle Lucius Caecilius Rufus. J'ai dix-neuf ans. Mon père cultivait des épeautres en Samnium. Je suis légionnaire de la Xe depuis deux ans et demi, ce qui veut dire que j'ai eu le temps d'apprendre à dormir sur un sol dur, à marcher trente milles avec vingt kilos sur le dos, et à ne pas paniquer quand l'homme devant moi reçoit une javeline dans la nuque.
Ce matin, on attend l'ordre de traverser.
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Le général est là, sur son cheval pommelé, à regarder le fleuve. C'est César. Tout le monde l'appelle comme ça — pas « le général », pas « le consul », juste César, comme s'il n'avait qu'un nom et que ce nom suffisait à remplir l'espace disponible. Il est plus petit qu'on ne l'imagine, quand on l'entend parler. Mais il parle d'une façon qui fait que la taille n'a plus d'importance.