Jouer faux ?
Non. Jouer quand même.
« Je doute tout le temps. Mais j'écris tout le temps aussi. Et je ne suis pas sûre que l'un empêche l'autre. »
Il y a une chose qu'on ne dit pas assez sur le syndrome de l'imposteur : il ne disparaît pas avec le succès. Il s'adapte. Il apprend ton langage, il connaît tes arguments, et il a toujours une réponse. T'as publié ? Sous un autre nom, alors ça ne compte pas vraiment. Tu as vendu des livres ? Quelques-uns seulement, et les gens ne savaient peut-être pas ce qu'ils achetaient. Tu as été sincère jusqu'au bout ? C'est bien, mais la sincérité ne garantit rien.
Je m'appelle Nikki. J'écris. J'ai déjà publié, sous un nom différent, et oui — des livres ont trouvé des lecteurs. Et pourtant, régulièrement, quelque chose en moi murmure que je triche. Non pas que je mens. Non pas que je vole. Mais que je suis là où je ne devrais peut-être pas être encore. Comme si l'autorisation d'exister dans cet espace s'obtenait quelque part, par quelqu'un, et que personne ne me l'avait jamais formellement accordée.
Ici, dans l'univers de Zenith City, cette question prend une dimension particulière. Ce monde a ses exigences, ses codes, ses habitants qui ont leur propre densité, leurs propres vies intérieures. Est-ce que mes personnages sont à la hauteur de ce que tu attends d'eux ? Est-ce que leurs trajectoires, leurs doutes, leurs joies sonnent juste dans cette ville que nous construisons ensemble ? Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais jamais vraiment.
Ce que je sais, c'est que quand j'écris, je ne fais pas semblant d'y croire. Je crois. Même si le lendemain, en relisant, je grimace. Même si une petite voix dit que c'est insuffisant, que d'autres feraient mieux, que tu mérites plus. Cette voix, je l'entends. Mais j'ai arrêté d'attendre qu'elle se taise pour avancer.
Parce qu'il y a autre chose, aussi : cette soif. Cette envie de savoir jusqu'où ça ira. Pas jusqu'où moi j'irai — moi, je suis déjà là, incomplète et debout. Mais jusqu'où ça ira. L'histoire. Les personnages. Zenith City et tout ce qu'elle recèle encore. Il y a une curiosité en moi qui dépasse l'insécurité, et c'est elle qui me fait ouvrir le document le matin, qui me fait rester une heure de trop le soir.
Le syndrome de l'imposteur dit : tu n'as pas ta place ici. La soif dit : reste quand même, regarde ce qui arrive. Pour l'instant, je choisis la soif. Pas par certitude. Par curiosité. Et aussi, peut-être, parce que quelque part — dans les mots, dans les pages, dans les visages que j'invente — quelque chose de réel finit toujours par apparaître. Quelque chose qui ne triche pas, même quand moi j'en doute.