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Un polar, de la magie et le Hollywood des sixties : EXTRAIT OFFERT

Un polar, de la magie et le Hollywood des sixties


ARCANA CALIFORNIA vous emmène dans une Californie alternative des années 1960, entre studios de cinéma, célébrités, presse à scandale, magie, occultisme et enquête criminelle.

Vous y rencontrerez Valentin Calderon, praticien arcanique aux méthodes très personnelles, ancien membre du CRAM — le Comité de Régulation des Arts Mystiques — et Marla Gloss, journaliste aussi élégante que tenace, qui possède un talent certain pour aller poser ses questions exactement là où on préférerait qu'elle ne les pose pas.


J'avais promis un extrait, le voilà :


 

Cédric Rancier

 

 

ARCANA CALIFORNIA

 

Mort en technicolor

 


 

 

Introduction




Occulta, Californie — 18 juin 1965

Depuis plusieurs semaines, la presse spécialisée faisait ses choux gras d’une rumeur que personne, chez Universus, ne semblait vraiment pressé de démentir.

Rickard Burton, trente-six ans, et Elisabeth Raylor, vingt-huit, les deux vedettes du film à venir : Paris – New York, by train, entretiendraient une liaison.

Le conditionnel, ainsi utilisé, permettait aux journaux de vendre sans trop se compromettre. Il leur laissait également la possibilité de publier, le lendemain, des photographies prises, volontairement, sous un angle suffisamment équivoque pour faire croire à une étreinte là où il n’y avait qu’un manteau qu’on aidait à remettre.

Ce soir-là, pourtant, le conditionnel commençait à manquer d’air.

Le tournage s’était interrompu plus tôt que prévu à cause d’un décor ferroviaire qui refusait obstinément de tenir debout. Une panne de magie d’assistance, avait expliqué le régisseur. Une malfaçon, avait répondu le chef décorateur, pointant directement l’entreprise sous-traitante. Un sabotage, avaient annoncé deux syndiqués avant même d’avoir quitté la machine à café.

Quoi qu’il en fut réellement, Rickard et Elisabeth avaient profité de ces heures volées pour dîner ensemble à La Santa Luciole, un établissement discret du Studio Row, coincé entre le bas d’Almavera1, les hauteurs de Providence Bay1 et les premiers grands immeubles de Costa Olympia1.

Le restaurant cultivait une élégance feutrée, presque timide : arborant des boiseries sombres, des nappes ivoires, et des banquettes bleu nuit. L’orchestre d’ambiance, lui, était réduit à un piano et une contrebasse. L’endroit était prisé par nombres de stars montantes venant pour être vu sans avoir l’air de le vouloir. Ce qui paradoxalement, n’était pas le cas des deux tourtereaux.

Un mur entier était occupé par une sorte vivarium, une immense enceinte de verre où vivaient six fées d’étincelle2. À peine plus hautes qu’une main, elles se poursuivaient entre des branches mortes, des lanternes miniatures et des fleurs artificielles. Chaque dispute faisait éclater de petites gerbes colorées contre les vitres. Bleu, rose, vert vif. La lumière glissait alors sur les tables, les verres et les visages comme un feu d’artifice domestiqué.

Le spectacle plaisait beaucoup.

Il indignait aussi la Ligue de défense des fées, qui manifestait périodiquement en ville en rappelant que les querelles de fées se terminaient toujours par la mort de l’une d’elles. Les amateurs de fées leur répondaient qu’il s’agissait d’une tradition culturelle ancienne, ce qui avait l’avantage de ne rien expliquer tout en donnant l’impression d’avoir répondu.

Rickard, en homme de son temps, trouvait cela magnifique.

Il avait glissé cinquante dollars à un jeune serveur en lui désignant une petite fée aux ailes orangées.

— Celle-là, m’a l’air bien vicieuse. Je la donne gagnante.

— Monsieur Burton, elles ne se battent pas pour de l’argent.

— Je sais bien, mon garçon. C’est pour la beauté du jeu.

Le serveur avait ri, un peu trop fort, avant de filer vers les cuisines.

La fée orangée avait gagné.

On avait retiré le petit corps de sa rivale à l’aide d’une pince à cornichons en bois tandis que les autres reprenaient leur ballet lumineux comme si rien ne s’était produit. Certains clients avaient feint de détourner les yeux. D’autres avaient applaudi discrètement.

Une heure plus tard, le jeune serveur revint près de la table, le visage rougi par l’excitation.

— Vous aviez raison, monsieur Burton.

Rickard se renversa dans son fauteuil avec la satisfaction d’un Marc-Antoine venant de remporter une bataille.

— Bien sûr que j’avais raison. Garde la mise, mon gars. C’est cadeau.

Le jeune homme le remercia plusieurs fois, puis jeta un regard émerveillé vers Elisabeth.

Elle portait une robe noire à col bateau, sobre en apparence, mais taillée pour rappeler à toute la salle qu’elle n’avait jamais été conçue pour passer inaperçue. Ses cheveux noirs encadraient un visage presque trop parfait. Sous les lumières changeantes du vivarium, ses yeux prenaient parfois cette nuance violette que les magazines mettaient en avant depuis des années.

Rickard, brun clair, lui, les yeux d’un bleu insolent, avait desserré sa cravate depuis longtemps. Il fumait un cigare fin en observant Elisabeth avec tendresse, par-dessus son verre.

Leurs mains reposaient entre eux sur la nappe. D’abord immobiles, puis un doigt avait touché l’autre. Un effleurement prudent, presque enfantin. Depuis quelques minutes, ils jouaient à se caresser sans se donner la main, comme si ce dernier geste s’avérait plus compromettant que tous les autres.

Elisabeth devait engager sa procédure de divorce le mois suivant.

Elle avait déjà bu trois kirs à la française, puis trois grands verres d’un vin californien que le sommelier avait décrit pendant si longtemps qu’il avait fini par perdre leur attention.

— Tu sais ce que je préfère dans les grands crus ? demanda-t-elle.

— Leur prix ?

— L’instant où le sommelier cesse d’en parler, pour le servir.

Rickard sourit.

Le jeune serveur réapparut. Cette fois, il avait la mine plus grise. Il se pencha vers Burton et parla près de son oreille.

— Des photographes viennent d’arriver devant l’entrée principale. Trois voitures, peut-être quatre.

Rickard cessa de sourire.

— Ils étaient en planque quand nous sommes arrivés ?

— Non, monsieur. Je crois… je crois que c’est le gérant qui les a prévenus. Histoire de faire de la pub pour le restaurant.

Elisabeth, qui avait entendu, posa son verre.

— Quel petit fils de pute.

Le serveur baissa les yeux avec la gravité de celui qui ne pouvait décemment pas contredire la vedette sur ce sujet précis.

Il reprit.

— Il y a une sortie derrière les cuisines. Votre voiture est dans la cour de livraison, n’est-ce pas ?

Rickard acquiesça.

Profitant que le gérant était occupé à discuter avec une tablée, le jeune homme les guida entre les tables, puis le long d’un couloir étroit où s’alignaient des caisses de bouteilles vides de champagne, de sodas et au mur, deux petits talismans anti-incendie fixés de travers. Dans la cuisine, personne ne leva vraiment la tête. On reconnaissait les grands acteurs à la façon dont le personnel faisait semblant de ne pas les voir.

La porte arrière donnait sur une cour baignée par le soleil couchant.

La décapotable de Rickard y attendait, basse et longue, carrosserie bleu nuit, chromes dorés par la lumière. Une Aster Silver Comet, un modèle spécial produit à moins de deux cents exemplaires, équipée d’un moteur assez puissant pour donner de mauvaises idées à un homme déjà qualifié de trompe la mort par les assureurs.

Elisabeth se tourna vers le serveur.

— Comment vous appelez-vous, jeune homme ?

— Thomas, madame.

Elle se pencha et lui déposa un baiser au coin de lèvres.

Thomas resta figé avant de rougir. Elle sentait la bergamote et quelque chose de plus chaud, de plus rare, qu’il n’aurait jamais su identifier.

Rickard sortit une liasse de billets de sa poche intérieure.

— C’était combien le pari déjà ?

— Cinqante dollars, monsieur.

Il lui posa la liasse dans la main. Trois cents dollars, peut-être davantage.

— Garde tout, mon gars. Et pour tout le monde, tu nous a vu partir par la grande porte.

— Mais ils verront bien que…

— Thomas, coupa Elisabeth avec ce sourire qui avait fait acheter des millions de tickets de cinéma, quand le sage montre la lune. Beaucoup de gens ne regardent que le doigt.

Ils coururent jusqu’à la voiture.

Rickard s’installa au volant, ajusta son cigare entre ses lèvres et mit le contact. Le moteur répondit d’un grondement net. Elisabeth noua rapidement un fichu clair autour de ses cheveux, puis chaussa de grandes lunettes de soleil et leva les bras comme si elle saluait déjà une foule invisible.

–– Ciao, paparazzi di merda !!

La Silver Comet quitta la cour pour une ruelle, avant de rejoindre l’avenue qui remontait vers Providence Bay.

Derrière eux, les premiers photographes s’agglutinaient déjà devant le restaurant.

Rickard accéléra.

L’air chaud du soir leur balayait le visage. Les palmiers, les bâtiments et les enseignes lumineuses défilèrent autour d’eux. La ville plongeait vers l’océan en longues bandes de lumière.

— J’ai oublié l’amulette, rouspéta Rickard.

— Quelle amulette, darling ?

— Celle que mon agent m’a offerte la semaine dernière. Une discrétion mineure. Elle est censée détourner l’attention des curieux.

— Il était temps de t’y mettre, en effet.

— Jusque-là, les curieux couraient moins vite que moi.

Dans le rétroviseur, deux phares apparurent alors au détour d’un virage.

C’était une berline claire qui gardait ses distances, sans toutefois se laisser distancer. Elle fit bientôt plusieurs appels de phares.

— Merde, les voilà, dit Rickard.

— Ils sont rapides.

— Ces hyènes sont surtout payées à l’indiscrétion.

Il appuya davantage sur l’accélérateur.

La route se fit plus étroite à mesure qu’ils gagnaient les hauteurs de Providence Bay. D’un côté, la pente remontait vers les villas et les jardins. De l’autre, elle plongeait vers les lumières de la baie. Rickard connaissait parfaitement le chemin qui menait à sa villa, plus bas, derrière un rideau d’eucalyptus et une grille qu’il laissait ouverte quand il sortait.

La voiture derrière eux leur fit de nouveaux appels de phares.

À son volant, Jenson Cole jura.

Il travaillait directement pour Universus sous le titre d’assistant de liaison artistique. En pratique, il était chargé de surveiller les vedettes trop célèbres. Celles qu’on redoutait de laisser seules avec leurs propres décisions.

Costume blanc, panama clair, cigarette au coin des lèvres, il suivait Rickard et Elisabeth depuis leur départ du restaurant. Il n’était pas là pour les surprendre ni les photographier, mais pour veiller sur eux. Il cherchait seulement à s’assurer qu’ils rejoindraient la villa sans encombre, sans renverser ni passant, ni journaliste, sans provoquer de scandale pour lequel le studio serait encore obligé de payer.

Il klaxonna une fois.

Dans la Comet, Elisabeth se retourna.

— Ils commencent à nous emmerder, ceux-là.

Elle ouvrit son sac et en sortit un poudrier rond, gainé de nacre. À l’intérieur, dans un petit emplacement sous le miroir étaient gravés, son nom, ainsi qu’un symbole arcaniques dans le métal : trois lignes courbes réunies autour d’un point noir.

Rickard tourna la tête.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Juste une petite malédiction. Rien de méchant.

— Liz…

— Juste de quoi leur faire tousser le moteur.

Elle rit. Rickard aussi.

Le virage suivant s’ouvrit devant eux. Rickard regarda la route, puis le rétroviseur, puis Elisabeth qui murmurait déjà une formule visiblement en cherchant quelque peu ses mots.

Les kirs et le vin n’aidaient pas à sa diction.

L’actrice posa deux doigts sur le symbole. Une lueur pâle courut sous ses ongles. L’énergie arcaniques ambiante était encore forte sur les hauteurs, loin des tonnes de béton de Costa Olympia. Elle vint facilement, trop facilement, même et Elisabeth sentit le poudrier vibrer dans sa paume.

— Voilà, souffla-t-elle.

Elle se tourna alors vers l’arrière afin de projeter la charge magique derrière eux.

Au même instant, la Silver Comet bondit sur un nid-de-poule de la chaussée. Son poignet dévia et l’énergie qu’elle destinait à la berline s’accrocha à la partie arrière de leur propre voiture.

Il y eut un claquement sec et sonore.

Le pneu éclata.

Rickard lâcha un juron et ramena brutalement le volant pour stabiliser le véhicule. Ce dernier chassa vers la droite, mordit le bas-côté, revint sur l’asphalte, puis repartit de travers. Elisabeth cria son nom tandis que son cigare quitta ses lèvres.

La Silver Comet franchit le rebord de la route avant de dévaler la pente à vitesse croissante. Elle glissa entre les buissons, arracha une panneau publicitaire, décolla à peine sur une bosse de terre sèche. La carrosserie resta en l’air moins d’une seconde avant que les roues ne retrouvent le sol. Puis l’avant heurta une grosse pierre.

Le choc ne fut pas spectaculaire.

On était loin du cinéma, sans explosion ni gerbe de feu. Seulement un arrêt brutal, comme si la voiture avait terminé sa course là où Burton avait décidé de se garer.

Le silence revint aussitôt, simplement accompagné de quelques cliquetis, tandis que du capot s’échappait une fine fumée grise.

En haut de la pente, Jenson écrasa sa pédale de frein et bondit de la berline avant même qu’elle soit complètement arrêtée. Il dévala le talus en manquant par deux fois de tomber, son panama à la main, sa cigarette toujours coincé au coin de la bouche.

— Monsieur Burton !

Aucune réponse.

— Mademoiselle Raylor !

Il atteignit la Silver Comet, rassuré malgré lui par l’état de la voiture. Seul l’avant avait méchamment encaissé l’impact. Le pare-brise n’était même pas brisé et il n’y avait pas traces de sang.

Il ouvrit la portière conducteur.

Rickard avait la tête inclinée contre le tableau de bord, les yeux regardant vers le ciel. Elisabeth reposait à côté de lui, ses lunettes, brisées, tombées au sol. Leurs nuques dessinaient un angle que rien de vivant n’aurait accepté.

Jenson se tétanisa.

Il posa deux doigts tremblant sous la mâchoire de Rickard. Puis sur celle d’Elisabeth.

Rien.

Son mégot tomba dans la poussière.

— Non… non…

Il recula, regarda la route au-dessus de lui, puis les deux corps.

— Mais les cons…

Sans hésiter, il remonta la pente en courant. D’expérience, il savait qu’avec ce genre d’emmerdes, un compte à rebours s’était déjà enclenché. La cabine téléphonique la plus proche se trouvait devant une station-service fermée, à moins d’un kilomètre de là. Jenson y gara sa voiture en travers, entra dans la cabine et composa de mémoire le numéro privé d’Eddie Brown-Meyer.

Le patron d’Universus répondit après cinq sonneries.

— Oui ?

— Monsieur Brown-Meyer… c’est Cole.

— J’espère que vous avez une excellente raison de m’appeler chez moi.

Jenson regarda la route en amont derrière la vitre de la cabine.

— Burton et Raylor ont eu un accident.

Un silence.

— Ils sont blessés ?

Jenson ferma les yeux.

— Ils sont morts, monsieur. Tous les deux.

À l’autre bout de la ligne, Eddie Brown-Meyer inspira lentement. Avant de se mettre à jurer avec une inventivité qui aurait presque fait rougir Cole.

— Vous avez appelé la police ?

— Évidemment non, monsieur.

Le silence changea de nature.

— Quelqu’un d’autre les a vus ?

— Pas encore. Question de temps. Par chance, il n’y a pas de flammes.

— Les corps sont abîmés ?

Jenson hésita.

— Ils ont la nuque brisée. Mais leurs visages sont quasiment intacts.

Brown-Meyer laissa passer une seconde.

Lorsqu’il reprit, sa voix était redevenue parfaitement calme.

— Retournez sur place mais ne touchez plus à rien. Je vous envoie des hommes.

— Et les secours ?

— Quels secours ? Ils sont morts, non ?

— Monsieur Brown-Meyer…

— Écoutez-moi bien, Cole. Cette voiture sera brûlée. On dira qu’elle a été volée. Les corps doivent être transportés avant que quelqu’un ne découvre quoi que ce soit.

La main de Jenson se crispa sur le combiné.

— Transportés où ?

Nouvelle pause.

— Pas à la morgue si vous voulez savoir. Mais vous préférerez ne pas en savoir davantage.

La ligne resta silencieuse une seconde encore.

— J’ai peut-être quelqu’un capable de sauver le film.

Jenson revint sur les lieux moins de dix minutes plus tard.

En revenant vers l’accident, Jenson aperçut deux véhicules déjà arrêtés près du bas-côté : une camionnette noire sans inscription et une dépanneuse. Le conducteur n’avait pas jugé utile de se présenter. Quatre autres types travaillaient en silence. L’un d’eux portait des gants sombres remontant jusqu’aux coudes. Un autre inspectait les traces de pneus avec une lampe à détection arcaniques. Une fluorescence verdâtre révéla bientôt un résidu accroché au bitume, juste avant la sortie de route. La signature suivait la trajectoire de l’arrière de la voiture. Il se pencha, observa les débris de gomme, puis leva les yeux vers les autres.

— Le pneu n’a pas éclaté tout seul.

Son confrère opina du chef.

–– Un pneu qui éclate juste avant un virage. Des poissards, ces deux-là…

Les corps de Rickard et d’Elisabeth furent dégagés avec davantage de précaution que s’ils avaient encore été vivants, puis glissés dans de grands sacs mortuaires avant d’être allongés côte à côte dans la camionnette.

Elisabeth avait perdu son fichu. Le vent s’en chargea, le roulant un instant dans la poussière avant de l’emporter plus loin. Ses cheveux noirs s’étalaient autour de son visage, la rendant plus belle encore. Presque sereine. L’un des hommes se pencha et lui ferma doucement les yeux.

Rickard, lui, conservait une main crispée, comme s’il tenait encore son volant.

Jenson détourna les yeux.

— Où est-ce que vous les emmenez ?

L’homme aux gants referma les portes arrière.

— Vous posez toujours autant de questions ?

— Seulement quand deux morts quittent un accident sans passer par un coroner.

L’homme le regarda enfin.

— Alors ce soir, faites-vous une faveur. Changez d’habitude.

–– On est pas à un corps près à ramener, lâcha un autre sans même le regarder.

Les hommes répandirent un liquide sur les sièges de la Silver Comet, sur le tableau de bord et autour du réservoir. Le feu prit rapidement. Les flammes dévorèrent le cuir, le bois verni, les chromes.

Tandis qu’ils rangeaient leur matériel, l’un des hommes fit tomber quelque chose sans s’en apercevoir. Le poudrier d’Elisabeth Raylor dans la poussière.

Jenson le vit aussitôt.

Sans rien dire, il posa son pied dessus.

Les hommes terminèrent de charger leurs affaires. L’un d’eux adressa un signe de tête à Jenson.

— Bonne nuit, mec.

— Ouais, c’est ça.

Ils remontèrent dans leurs véhicules. La camionnette noire s’éloigna la première.

Jenson attendit qu’elle ait disparu au détour de la route avant de retirer son pied. Il se baissa et ramassa le poudrier. La nacre était fendue, mais le symbole arcaniques gravé sous le miroir était encore parfaitement visible.

Jenson regarda les véhicules disparaître dans la nuit vers les lumières d’Occulta. Il ignorait où l’on emmenait le deux vedettes Rickard Burton et Elisabeth Raylor.

Il savait seulement que ce n’était pas dans un endroit où l’on devait conduire les morts. Derrière lui, l’Aster Silver Comet brûlait assez fort pour éclairer toute la pente.

Jenson remit son panama, sortit une sèche et chercha son briquet dans plusieurs poches. Ses mains tremblaient trop pour parvenir à l’allumer.

Au loin, les sirènes commencèrent enfin à se faire entendre.

D’autant qu’elles se pointaient pour une voiture vide. Il était temps de prendre la tangente…