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Mains ouvertes tenant une lumière dans l’obscurité, symbole du pardon chrétien, de l’action de grâce et de la guérison intérieure.

Pourquoi le pardon n’est pas un sentiment?

Le pardon n’est pas une émotion.

S’il l’était, il serait rare, fragile, dépendant de l’humeur ou du temps. Beaucoup restent enfermés dans la rancœur parce qu’ils attendent de ressentir le pardon, comme on attendrait une accalmie après la tempête. Mais cette accalmie ne vient pas toujours.

Le Christ, Lui, n’a jamais demandé à ses disciples de sentir le pardon.

Il a demandé de le vouloir.


Lorsque Pierre s’approche de Jésus et Lui demande :

« Seigneur, combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »

Jésus répond sans détour :

« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (cf. Mt 18, 21-22).

Cette réponse n’est pas un appel à l’émotion répétée.

C’est un appel à la décision renouvelée.


Le grand malentendu


Nous vivons dans une culture qui sacralise le ressenti.

On croit souvent que tant que la douleur est là, le pardon est impossible. Pourtant, l’Évangile ne conditionne jamais l’obéissance à la disparition de la souffrance.

Sur la Croix, le Christ ne dit pas :

« Père, pardonne-leur quand je me sentirai apaisé. »

Il dit :

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

La douleur est totale.

Le pardon est pourtant donné.

Cela signifie une chose essentielle : le pardon n’est pas la négation de la blessure.


Il est un acte posé malgré la blessure.


La rancœur : une prison intérieure


L’Église, dans sa sagesse spirituelle, n’a jamais idéalisé la souffrance morale. Les Pères du désert parlaient de la rancœur comme d’un poison lent, silencieux, qui finit par altérer le cœur de celui qui le porte.


Saint Augustin exprimait cette réalité avec une lucidité redoutable :

la haine ne blesse pas d’abord celui contre qui elle est dirigée, mais celui qui l’abrite.


C’est ce que beaucoup expérimentent sans toujours pouvoir le nommer :

on croit se protéger en gardant la rancœur, mais on s’y enferme.


Saint Paul avertit avec une sobriété grave :

« Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26).

Non parce que la colère serait toujours injuste, mais parce qu’elle devient destructrice lorsqu’elle est conservée, ruminée, sacralisée.


Le pardon comme acte de volonté


La tradition chrétienne est claire :

le pardon appartient à la volonté, pas à la sensibilité.


Saint Thomas d’Aquin enseigne que la charité est d’abord un acte de la volonté éclairée par la grâce. Elle peut exister même lorsque l’affectivité est blessée, troublée ou révoltée.


Autrement dit :

on peut pardonner sans ressentir la paix immédiatement.

La paix vient souvent après, parfois longtemps après.


Le Catéchisme de l’Église catholique le rappelle avec réalisme :

pardonner ne signifie pas oublier, ni excuser le mal, mais refuser de laisser le mal gouverner le cœur.


L’Action de Grâce, chemin concret


Dans l’expérience spirituelle, une voie s’est révélée décisive : l’Action de Grâce.


Remercier Dieu pour l’existence même de celui ou celle qui nous a blessés n’est pas un exercice psychologique. C’est un acte de foi radical. C’est reconnaître que la vie de l’autre, aussi douloureuse soit-elle pour nous, reste un don reçu de Dieu.


Saint Paul exhorte :

« Rendez grâce en toute circonstance » (1 Th 5, 18).

Il ne dit pas pour toute chose, mais en toute chose.


L’Action de Grâce ne nie pas l’injustice.

Elle désarme la rancœur.


Une fidélité humble


Le pardon chrétien n’est pas héroïque par spectacle.

Il est héroïque par fidélité quotidienne.


Il arrive que le cœur se rebelle encore, que la mémoire se réveille, que la blessure se rappelle à nous. Le pardon n’est alors pas annulé. Il est réaffirmé.


Chaque jour où la volonté choisit de ne pas haïr, même sans consolation, est un jour de victoire silencieuse.


C’est souvent là que commence la guérison véritable.


Le pardon n’est pas un sentiment à attendre.

C’est un acte à poser.

Encore. Et encore.


Et parfois, c’est précisément dans cette fidélité nue que Dieu fait refleurir la paix.


Le chemin quotidien de méditation est proposé dans le livret « L’épine de mon cœur ».