S’intéresser aux nouvelles publiées dans les revues et les magazines du XIXe siècle entraîne la question sans cesse entendue : de quoi ça parle ? A priori, Maupassant s’intéressait aux paysans normands, Gautier construisait des récits fantastiques et Balzac racontait les aventures d’arrivistes ou d’intrigants malmenés par les nouveautés de leur temps. Mais les autres ? Tous les autres !
La lecture attentive de plusieurs centaines de nouvelles permet de dégager des thèmes, des personnages et des intrigues. À défaut de statistiques, l’observation dessine des tendances. En premier lieu, une forte proportion des nouvelles publiées entre 1800 et 1900 mettait en scène des couples, bien plus que les militaires, les nobles et loin devant le “petit” peuple ou le monde ecclésiastique. Les couples peinaient à se former, la moralité ou les parents s’opposant à leur union ; ils prouvaient la force de l’amour sur l’adversité ; ils oubliaient la fidélité promise ou se retrouvaient après une cruelle séparation. Les récits varient, la seule constante était de rencontrer des jeunes filles aussi jolies qu’un jour ensoleillé, à la peau aussi claire que l’eau de roche !
Le deuxième point remarquable est l’énorme place accordée à l’argent : nul mariage sans rente garantie à l’époux et dot pour la fiancée, nul voyage sans une bourse bien garnie, nulle retraite à la campagne sen taisant le prix de la maison acquise. Au moins deux histoires sur trois mentionnent une somme, tant mirobolante que modeste. Cette question intéressait-elle les lecteurs ou obnubilait-elle les auteurs ?
Quant au palmarès des thèmes abordés dans les nouvelles, celui de l’honneur arrive en tête, sous des formes variées : l’honneur de la victime vengée, l’honneur du soldat se sacrifiant, l’honneur de l’époux trompé et autres raisons de montrer sa probité.
Pour clore ce bref aperçu, deux particularités sont à souligner : beaucoup de nouvelles de la grande époque s’appuyaient sur des bases historiques, à l’instar de Hugo et ses Misérables, plutôt que les faits divers, comme le pratiqua Flaubert pour Madame Bovary. La Révolution, la chouannerie et le premier Empire inspirèrent jusqu’aux années 1850, la restauration et la guerre de 1870 prirent le relais à la fin du siècle. Par ailleurs, la longueur des descriptions contraste avec celle appréciée de nos jours. Avant la venue du cinéma et de la télévision, les auteurs livraient les images par les mots, ils détaillaient l’angle de vue, les formes, les couleurs et les répartitions des éléments. Ni meilleure, ni condamnable, cette pratique a évolué ; aujourd’hui, elle détourne le lecteur, mais constitue une source inépuisable pour ceux qui aiment imaginer par eux-mêmes, les auteurs de bandes dessinées et les cinéastes.