Paul TOUTAIN naît le 22 septembre 1848 à Conteville (27) dans une famille de paysans. Après le certificat d’études, ses parents, qui avaient de l’ambition pour leur gars et qui voulaient de l’instruction pour lui, le conduisent au collège de Honfleur. Pour ses études de droit, le petit Paul arrive à Paris avec son vieil uniforme et la bourse mal garnie ; mais l’élève travailleur impose le respect aux fils plus argentés.
La guerre interrompt sa formation, Paul Toutain, soldat puis sergent, réclame un rôle dans les événements militaires de la guerre en Normandie. Il appartient à la « génération de 1870 » et tout comme Maupassant, l’écrivain dépeint la vie quotidienne de la Normandie pendant le conflit. Ces deux auteurs normands, qui n’ont pas le même destin littéraire, partagent une vision proche de la nature et de la guerre qu’ils ont vue, connue et vécue, sans raconter de souvenirs personnels. Il n’y a aucun message politique dans les écrits de Jean Revel consacrés à la guerre et regroupés dans deux ouvrages : Contes Normands (1901) et Récits vécus (1921).
Une fois ses études de droit achevées, des voyages en Amérique, en Écosse et au Moyen-Orient, lui procurent la matière de ses premiers ouvrages. Revenu en Normandie, Paul Toutain s’offre comme clerc liquidateur dans une étude de Rouen. Puis en 1879, il achète sa propre étude notariale.
Notaire le jour, écrivain la nuit, le masque des pseudonymes est si opaque que la plupart des Rouennais ignorent sa double personnalité. Bien des personnages si vigoureusement scrutés et peints par Jean Revel ont passé dans le cabinet de Me Toutain : un notaire qui avait commis des livres violemment anticléricaux et d’un caractère plutôt immoral, rapporte Paul-Louis Robert, dans le Bulletin de la Société libre d’émulation du commerce et de l’industrie de la Seine-Inférieure, en 1924. Hector Malot, lui-même fils de notaire, lui écrit un jour : ‘‘Vous avez le bonheur d’avoir la compétence et l’expérience. Servez-vous-en, et vous l’emporterez sur les romanciers qui ne sont que romanciers…’’
En 1898, un Jean Revel inconnu débute dans la littérature régionaliste par un coup de maître : Rustres, dont la première nouvelle intitulée la Cour révèle une profonde et intime connaissance du paysan normand possédé par une passion, celle de la terre. ‘‘La Normandie, la voilà’’, s’écriait un lecteur en découvrant ce chef-d’œuvre du terroir. Me Toutain, fils de paysans, paysan indéracinable, avait trouvé sa voie.
Jean Revel pose sa candidature à l’Académie dans une lettre qu’il qualifie lui-même "pas très habile". Il a contre lui d’être provincial, et il se trouve surtout desservi par son titre de notaire : un notaire…, il vient sans doute pour faire notre testament, objecte un académicien. La plupart d’entre eux n’ont pas lu ses œuvres, leur vote étant promis d’avance.
Paul Toutain décède le 05 mai 1925.
Œuvres
Un Français en Amérique (1876)
Dans les Highlands (1879)
Carmen Lohry (1887) sous le pseudonyme de Pierre Allen
Chez nos ancêtres (1888)
Testament d’un moderne (1889)
Dialogues des vivants (1892) sous le pseudonyme de Eugène Olivié.
Ascension (1893)
La fin d’une âme (1893) publié sans nom d’auteur
Multiple vie (1894) ‘‘son livre préféré’’
Les anciens marins de l’estuaire de la Seine (1898)
Rustres (1900)
Un cérébral (1900)
Contes normands (1901)
Excursions en Basse-Seine (1901)
Les hôtes de l’estuaire (1904)
Terriens (1906)
La Normandie et les Normands (1908)
Faits et dicts normands (1912)
Histoire de Normands (1918)
Pro amicis (1910) – discours prononcés de 1894 à 1904, à la distribution de prix de l’École de Notariat
Au pays d’oil (1913)
Récits vécus (1921)
Limailles et copeaux (1921)