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Autoéditer son premier livre : entre peur et excitation

Écrire « FIN » devrait normalement provoquer une immense sensation d’accomplissement.

Le livre est terminé.


Des semaines, parfois des mois de travail sont derrière nous. On pourrait presque imaginer une musique triomphale, refermer tranquillement l’ordinateur et savourer.


Sauf que lorsqu’on décide de s’autoéditer, une nouvelle question arrive assez rapidement : « Bon… et maintenant, comment je transforme ça en vrai livre ? »


Et là, un tout nouvel univers s’ouvre.

Format.

Couverture.

Mise en page.

Prix.

ISBN.

Plateforme.

Version papier.

Version numérique.

Fichier intérieur.

Fond perdu.

Marges.


Des mots dont certains n’avaient jamais occupé la moindre place dans notre existence deviennent soudain extrêmement importants.

Bienvenue dans l’autoédition.


Écrire un livre et publier un livre sont deux aventures différentes


Lorsque j’écris, je suis dans mon histoire.

Je pense aux mots, aux personnages, au rythme, aux émotions ou aux idées que je veux transmettre.

Lorsque vient le moment de publier, je dois soudain penser à tout autre chose.

À quoi va ressembler le livre ?

Quel format choisir ?

Comment préparer correctement les fichiers ?

Est-ce que la couverture fonctionne aussi bien sur un écran que dans une main ?

Combien doit coûter le livre ?

Et surtout : est-ce que je n’ai pas oublié quelque chose d’absolument essentiel dont tout le monde semble connaître l’existence sauf moi ?

Pour un premier livre, tout est nouveau.

Et ce qui paraît évident après l’avoir fait une fois peut sembler franchement obscur lorsqu’on découvre tout.


Au début, on cherche beaucoup


Vraiment beaucoup.

Une question en entraîne une autre.

Puis une autre.

On ouvre un tutoriel pour comprendre quelque chose et on en ressort parfois avec trois nouveaux termes à rechercher.

On découvre qu’un fichier destiné à l’impression ne se prépare pas exactement comme un document que l’on imprime chez soi.

Que la couverture doit répondre à certaines dimensions.

Que le nombre de pages peut avoir une incidence sur son épaisseur.

Que ce qui est magnifique sur notre écran ne donnera pas nécessairement exactement la même chose une fois imprimé.

Et au milieu de tout ça, il faut prendre des décisions.

Alors qu’on aimerait parfois simplement qu’une personne apparaisse et dise :

« Clique là. Mets ça ici. Tout va bien se passer. »

Étrangement, cette personne n’apparaît pas.


Et si je faisais n’importe quoi ?


Cette pensée-là arrive assez facilement avec un premier livre.

Parce que lorsqu’on choisit l’autoédition, personne ne valide officiellement chacune de nos décisions avant la publication.

Il n’y a pas forcément quelqu’un derrière notre épaule pour nous dire que la couverture est prête, que le prix est cohérent ou que le fichier peut partir.

Cette liberté est extraordinaire.

Elle est aussi légèrement terrifiante.

Parce que si je peux décider de tout, cela signifie également que je dois décider de tout.

Et lorsqu’on fait quelque chose pour la première fois, on ne sait pas encore quelles erreurs on est capable de faire.

Alors on vérifie.

Puis on revérifie.

Et puisqu’on vient de revérifier, autant vérifier une dernière fois.

Juste au cas où.


La couverture devient soudain une affaire d’État


Pendant des mois, le livre était essentiellement constitué de mots.

Puis il lui faut un visage.

Et choisir une couverture pour son premier livre est un moment assez étrange.

Parce qu’on sait très bien qu’il ne faudrait pas juger un livre à sa couverture.

Mais on sait aussi parfaitement que tout le monde la verra avant de lire la première phrase.

Aucune pression.

Il faut qu’elle ressemble au livre.

Qu’elle attire l’œil.

Qu’elle soit lisible.

Qu’elle fonctionne en miniature.

Qu’elle nous plaise encore après l’avoir regardée approximativement huit mille fois.

Et à force de la regarder, il arrive un moment où l’on ne sait même plus si elle est belle.

On sait simplement qu’on pourrait reconnaître chaque millimètre les yeux fermés.


Fixer un prix est encore une autre expérience


Combien vaut son propre livre ?

Voilà une question parfaitement confortable à se poser lorsqu’on publie pour la première fois.

On regarde les prix pratiqués.

On calcule les coûts.

On compare les formats.

On essaie d’être cohérent.

Mais derrière les chiffres se cache parfois une question beaucoup plus personnelle :

« Est-ce que quelqu’un acceptera réellement de payer pour lire ce que j’ai écrit ? »

Et là, nous ne parlons plus vraiment de calcul.

Nous parlons du moment où quelque chose qui était jusque-là personnel devient un produit que l’on propose à quelqu’un d’autre.

Ce passage n’est pas anodin.

Mettre un prix sur un livre, c’est aussi accepter que ce travail ait une valeur.

Et lorsqu’il s’agit du premier, il faut parfois quelques minutes pour s’habituer à l’idée.


Puis arrive le bouton


Publier.

Un mot.

Un bouton.

Rien de particulièrement impressionnant à regarder.

Et pourtant, il peut devenir extrêmement intimidant.

Parce qu’avant de cliquer, le livre nous appartient encore presque complètement.

Après, il pourra être vu.

Acheté.

Lu.

Aimé.

Critiqué.

Interprété.

Et soudain, toutes les petites questions reviennent.

Est-ce qu’il est vraiment prêt ?

Est-ce que j’aurais dû relire encore une fois ?

Est-ce que cette couverture est vraiment la bonne ?

Est-ce que quelqu’un va le lire ?

Est-ce que je suis prête à ce que quelqu’un le lise ?

Il existe probablement toujours quelque chose que l’on pourrait modifier.

À un moment, il faut pourtant accepter de ne plus toucher.

Et cliquer.


Ensuite, il faut attendre


Ce qui est une excellente activité pour les personnes parfaitement patientes.

Pour les autres…

Disons qu’on actualise peut-être une page une ou deux fois.

Ou vingt-sept.

On attend la validation.

On regarde si le livre apparaît correctement.

On vérifie la fiche.

On vérifie encore la couverture.

On découvre parfois qu’un détail doit être corrigé.

Puis vient une autre attente.

Celle du premier exemplaire.

Parce qu’un fichier sur un écran, même lorsqu’il porte une couverture et un titre, reste encore un peu abstrait.

On sait que le livre existe.

Mais on ne l’a pas encore rencontré.


Et puis le colis arrive


Celui-là, je crois qu’on s’en souvient.

On ouvre le carton.

Et il est là.

Le titre.

La couverture.

Les pages.

Son nom dessus.

Pendant des mois, ce livre était un fichier.

Un document ouvert sur un ordinateur.

Des phrases déplacées, corrigées, supprimées, réécrites.

Et soudain, il possède un poids.

On peut le poser sur une table.

Le feuilleter.

Le retourner.

Sentir les pages.

Il existe.

Pour quelqu’un d’autre, ce sera simplement un livre.

Pour la personne qui vient de l’écrire, c’est beaucoup plus étrange que ça.

C’est tenir entre ses mains quelque chose qui, pendant très longtemps, n’existait que dans sa tête.


Évidemment, cinq minutes plus tard, on inspecte tout


Parce que nous restons raisonnables environ cinq minutes.

Puis l’autrice revient.

Est-ce que la couverture est bien centrée ?

Est-ce que les marges me plaisent ?

Le texte est-il suffisamment éloigné du bord ?

Et cette page ?

Et celle-là ?

Pourquoi je regarde encore cette phrase alors que je l’ai déjà relue cinquante fois ?

L’excitation du premier exemplaire cohabite donc assez bien avec une légère inspection qualité.

On peut être incroyablement fière et chercher simultanément le petit détail qui ne va pas.

Apparemment, les deux sont compatibles.


L’autoédition, c’est aussi devenir plusieurs personnes à la fois


C’est une partie que l’on imagine moins lorsqu’on commence.

On pense devenir autrice.

Puis on découvre qu’il faut aussi réfléchir comme une éditrice.

Une maquettiste.

Une commerciale.

Une communicante.

Parfois une technicienne.

Et occasionnellement une personne qui tape sur Internet une question extrêmement précise à une heure où elle devrait probablement dormir.

Écrire le livre n’était finalement qu’une partie de l’aventure.

Une partie essentielle, évidemment.

Mais ensuite, il faut apprendre à le présenter, le vendre, en parler et trouver des lecteurs.

Et là encore, personne ne nous remet forcément un mode d’emploi.

On apprend.

On teste.

On se trompe.

On recommence.


La première vente change quelque chose


Avant la première vente, on sait théoriquement que quelqu’un pourrait acheter le livre.

Puis quelqu’un le fait.

Une vraie personne.

Qui aurait parfaitement pu dépenser cet argent dans autre chose.

Et cette personne a choisi votre livre.

Il y a quelque chose d’assez particulier dans ce moment.

Bien sûr, une vente ne transforme pas soudain un livre en succès mondial.

Mais elle rend quelque chose réel.

Quelqu’un, quelque part, va ouvrir ces pages sans savoir ce qu’on a pensé en les écrivant.

Sans connaître toutes les hésitations.

Sans avoir assisté aux corrections.

Il va simplement lire.

Et c’est exactement pour cela que le livre a été publié.


Est-ce que la peur disparaît avec les suivants ?


Certaines peurs, probablement.

On sait davantage comment les choses fonctionnent.

On connaît les étapes.

Les mots techniques ne ressemblent plus à une langue étrangère.

On sait qu’une erreur peut parfois être corrigée.

Et surtout, on possède une preuve assez solide qu’on a déjà réussi à aller jusqu’au bout une fois.

Mais d’autres questions restent.

Est-ce que ce livre va plaire ?

Est-ce que les lecteurs vont comprendre ce que je voulais faire ?

Est-ce qu’il trouvera sa place ?

Peut-être que certaines peurs ne disparaissent pas complètement.

Elles changent simplement de forme.


Alors, pourquoi choisir l’autoédition ?


Parce qu’au milieu de toutes ces questions, il y a aussi une liberté immense.

Choisir son projet.

Son rythme.

Sa couverture.

Ses formats.

Ses textes.

Décider de ce que l’on veut construire autour du livre.

Pouvoir essayer quelque chose et le modifier.

Et surtout, voir une idée devenir un objet exactement parce qu’un jour on a décidé : « Je vais le faire. »

Cela demande d’apprendre énormément de choses qui n’ont parfois plus grand-chose à voir avec l’écriture.

Mais cette autonomie fait aussi partie de l’aventure.


Si je devais parler à quelqu’un qui prépare son premier livre…


Je ne lui dirais pas de ne pas avoir peur.

Ce serait probablement inutile.

Je lui dirais plutôt qu’il est normal de ne pas tout savoir.

Que ce qui paraît évident aux personnes qui ont déjà publié ne l’est absolument pas lorsqu’on découvre l’autoédition.

Qu’il va probablement chercher beaucoup de réponses.

Changer d’avis.

Douter.

Vérifier plusieurs fois la même chose.

Et peut-être faire quelques erreurs.

Mais surtout, je lui dirais de ne pas laisser toutes ces questions lui faire oublier ce qui est en train de se passer.

Son livre est en train de devenir réel.

Il y aura toujours quelque chose à apprendre.

Toujours quelque chose que l’on aurait pu faire autrement.

Toujours une prochaine fois pour améliorer ce que l’on sait désormais faire.

Mais il n’y aura qu’un seul premier livre.

Et il mérite peut-être qu’entre deux vérifications de fichier, on prenne quelques secondes pour profiter de ce que cela représente.

Passer de :

« J’aimerais écrire un livre un jour. »

à :

« Je l’ai fait. »


☕ Si vous ne me connaissez pas encore, bienvenue chez Plume d’écume.

Le jeudi, je vous emmène dans les coulisses de ma vie d’autrice. Et ces coulisses ne s’arrêtent pas au dernier mot d’un manuscrit.

Il y a tout ce qui vient après.

Les découvertes, les questions, les peurs, les erreurs, les premières fois… et ce moment très particulier où l’on tient enfin entre ses mains quelque chose qui n’existait auparavant que sur un écran.

Aujourd’hui, Parfaitement Imparfaites existe en plusieurs tomes et sous plusieurs formats.

Mais avant tout cela, il y a eu un premier fichier.

Un premier clic.

Et un premier livre.


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