Spoiler : non. Mais un peu tordu, oui…
Il y a une question qui revient assez régulièrement quand on écrit des thrillers :
« Mais… comment tu fais pour imaginer tout ça ? »
Et parfois, la question suivante arrive avec un petit regard inquiet :
« T’es pas un peu bizarre, quand même ? »
Alors rassurez-vous.
Je n’ai pas de cadavre dans mon armoire.
Enfin…
Je n’ai pas d’armoire.
Ça aide déjà beaucoup (pour le coup j’ai un dressing donc il se verrait…).
Écrire le pire ne signifie pas vouloir le vivre
C’est probablement la première chose à comprendre.
Un auteur de thriller peut passer deux heures à réfléchir à la meilleure façon de faire disparaître un personnage…
Puis fermer son ordinateur et aller faire ses courses.
Normalement.
L’imagination n’est pas un aveu.
Imaginer une situation dangereuse ne signifie pas avoir envie qu’elle se produise.
Écrire un personnage manipulateur ne signifie pas être manipulateur.
Et passer sa soirée à réfléchir à la psychologie d’un meurtrier ne signifie pas avoir soudainement envie de tester ses théories sur son voisin.
Même si, parfois, il vaut mieux éviter de trop expliquer ce qu’on vient d’écrire à table.
En revanche, il faut accepter d'aller dans des endroits un peu tordus
Parce qu’un thriller confortable…
Ce n’est pas vraiment un thriller.
Il faut se poser des questions qui ne sont pas toujours très sympathiques.
Jusqu’où quelqu’un peut-il aller ?
Qu’est-ce qui pourrait pousser une personne ordinaire à franchir une limite ?
Pourquoi quelqu’un mentirait ?
Qu’est-ce qu’une personne serait prête à faire pour survivre ?
Et surtout :
Qu’est-ce qui pourrait arriver si tout dérapait ?
C’est là que l’imagination devient intéressante.
Parce que le plus inquiétant n’est pas forcément le personnage complètement fou.
C’est parfois celui qui paraît parfaitement normal.
Celui qu’on croise dans la rue.
Celui qui sourit.
Celui dont personne ne se méfie.
Et c’est beaucoup plus amusant à écrire.
Enfin…
« amusant » est peut-être un mot discutable.
Le cerveau de l’autrice de thriller est parfois un endroit étrange
Il peut arriver que je regarde une situation complètement banale et que mon cerveau décide immédiatement de lui ajouter un scénario catastrophe.
Une porte qui reste ouverte ?
Pourquoi ?
Une voiture garée depuis trop longtemps ?
À qui appartient-elle ?
Quelqu’un qui ne répond pas à un message ?
Bon.
Il est probablement simplement occupé.
Mais mon cerveau préfère parfois commencer par :
« Et si… ? »
Voilà.
C’est probablement là que se trouve le petit côté tordu.
Pas dans l’envie de faire peur.
Dans cette incapacité très pratique à laisser une situation parfaitement normale rester parfaitement normale.
Et puis il y a les recherches
Parce qu’écrire un thriller, ce n’est pas seulement inventer des histoires.
Il faut vérifier.
Chercher.
Comprendre.
Se documenter.
Parfois sur des sujets franchement peu réjouissants.
Et il y a toujours ce moment où une recherche parfaitement innocente, sortie de son contexte, pourrait donner une image légèrement inquiétante de votre historique Internet.
« Comment fonctionne ceci ? »
« Combien de temps cela prend-il ? »
« Que se passe-t-il si… ? »
« Est-ce qu’une personne peut réellement… ? »
Et là, on se rappelle une règle essentielle :
Ne jamais laisser son ordinateur ouvert quand quelqu’un passe derrière soi.
Question de survie.
Alors, faut-il être un peu tordu pour écrire des thrillers ?
Je crois que oui.
Mais pas de la manière qu’on imagine.
Il faut surtout être curieux.
Aimer les zones d’ombre.
S’intéresser à la psychologie humaine.
Avoir envie de comprendre ce qui pousse quelqu’un à faire l’inattendu.
Et surtout accepter de poser des questions auxquelles on préférerait parfois ne pas avoir de réponse.
Le thriller, au fond, parle énormément de nous.
De nos peurs.
De nos choix.
De nos limites.
De ce que nous sommes capables de faire quand tout s’effondre.
Alors non.
Il ne faut pas être psychopathe pour écrire des thrillers.
Mais il faut probablement avoir une petite voix intérieure qui demande régulièrement :
« Et si ça tournait mal ? »
Et personnellement…
Je trouve ça plutôt pratique pour écrire.
Un peu moins pour regarder un film d’horreur seule.
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Parce qu’il paraît qu’il faut parfois être un peu bizarre pour raconter des histoires normales.
Moi, je préfère raconter celles qui ne le sont pas.