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Le procès de mon réveil

Ce matin, à 6 h 30 précises, mon téléphone a commis l'irréparable.

Il a sonné.

Alors que je dormais profondément. Que j'étais bien au chaud sous ma couette. Et surtout, que je venais de gagner au loto dans un rêve absolument merveilleux.

J'étais à deux doigts de choisir ma villa au bord de la mer quand cette petite saleté s'est mise à hurler sur la table de nuit.

J'ai ouvert un œil.

Puis l'autre.

Et j'ai pris une décision.


Cette fois, ça suffit. Je porte plainte.


À 8 h 12, le tribunal des affaires matinales ouvre une audience exceptionnelle.

L'accusé, mon téléphone, comparaît pour harcèlement sonore, atteinte à la tranquillité du sommeil et cruauté psychologique aggravée avant consommation de café.

Je suis à la fois plaignante, procureure et victime.

Oui, je sais, ça pose un petit problème d'impartialité.

Mais c'est mon procès, alors on ne va pas commencer à chipoter.

Le président du tribunal frappe son marteau.

« Accusé, levez-vous ! »

Le téléphone reste allongé sur la table.

Premier outrage à magistrat.

Je prends la parole.

« Monsieur le Président, depuis des années, cet individu me réveille à des heures où même les oiseaux hésitent encore à sortir du lit. Il interrompt mes rêves, me prive de sommeil et ose recommencer neuf minutes plus tard lorsque j'appuie sur le bouton de rappel. »

L'accusé demande à se défendre.

« Je tiens à préciser que c'est la plaignante elle-même qui programme mes alarmes. »

Un murmure parcourt la salle.

Je me redresse.

« Objection ! Ce détail n'a aucun rapport avec les faits ! »

« Pourtant, vous avez réglé cinq alarmes entre 6 h 30 et 7 h 15. »

« Par précaution ! »

« Et vous les avez toutes repoussées. »

« Je demande que cette déclaration soit retirée du procès-verbal. »

Le président soupire.

Nous passons à l'audition des témoins.

Le premier appelé à la barre est mon mari.

« Monsieur, avez-vous constaté des réveils difficiles au domicile conjugal ? »

« Oh oui. Surtout quand elle cherche son téléphone sous l'oreiller en râlant. »

Je lui lance un regard.

Il aurait pu s'arrêter là.

Mais non.

« Moi, de toute façon, je me réveille naturellement. Je n'ai pas besoin d'alarme. »

Un silence glacial s'abat sur la salle.

Je me tourne lentement vers lui.

« Tu veux dire que pendant que je lutte pour survivre à 6 h 30, monsieur ouvre tranquillement les yeux, frais comme une rose ? »

« Ben… oui. »


L'audience est suspendue dix minutes pour éviter un drame conjugal.

À la reprise, le chat est appelé à témoigner.

Il saute sur la barre, s'assoit et entreprend de se laver une patte.

« Confirmez-vous que les sonneries perturbent le sommeil de votre maîtresse ? »

« Miaou. »

« Et que vous-même en souffrez ? »

« Miaou. »

Son témoignage semble accablant.

Jusqu'à ce que la défense produise une pièce à conviction : une vidéo du chat en train de me marcher sur la tête à 5 h 48 pour réclamer ses croquettes.

Trahison.

Le témoin est immédiatement récusé.

Vient enfin le moment des réquisitions.

Je me lève, digne et déterminée.

« Monsieur le Président, je réclame une peine exemplaire. Une semaine entière sans sonnerie. Sept jours de silence absolu. Sept jours de réveils naturels, de grasses matinées et de rêves enfin terminés ! »

Le tribunal délibère.

Puis le verdict tombe.


Le réveil est condamné à sept jours de silence.

Je jubile.

Justice est faite !

Le lendemain matin, j'ouvre doucement les yeux.

Le soleil traverse les rideaux. Les oiseaux chantent. Je m'étire avec délice.

Quelle merveilleuse sensation de se réveiller naturellement !

Je regarde l'heure.


11 h 42.

Je bondis hors du lit.

J'ai raté un rendez-vous, trois appels et une livraison.

Mon téléphone, parfaitement silencieux, affiche quinze notifications.

Je le fixe.

Il me fixe.

Enfin, façon de parler.

« Tu aurais quand même pu me prévenir ! »

Il ne répond pas.

Évidemment.

Il respecte sa condamnation.

Je retourne immédiatement au tribunal.


Je fais appel.

Et cette fois, je réclame une indemnisation pour non-assistance à personne en retard.


Plume d'écume 💗