Il existe des endroits où l'on entre de son plein gré, sans se douter une seule seconde des épreuves qui nous attendent.
Les cabines d'essayage en font partie.
Au départ, tout va bien. On a repéré un joli pantalon, une petite robe ou ce chemisier qui semblait absolument magnifique sur le mannequin. On est de bonne humeur, presque optimiste.
On se dit qu'on va simplement essayer deux ou trois choses.
Simplement.
Ce mot devrait être interdit à l'entrée des magasins.
Bienvenue dans la chambre des tortures
La première épreuve commence avant même d'avoir enfilé quoi que ce soit.
L'éclairage.
Qui a décidé qu'une cabine d'essayage devait être illuminée comme une salle d'interrogatoire ?
On entre avec un teint parfaitement convenable et, trois secondes plus tard, le miroir nous renvoie l'image d'une personne qui semble sortir d'une grippe particulièrement agressive.
Les cernes ont doublé de volume. La moindre petite imperfection est éclairée avec la précision d'un projecteur de stade.
Et ce n'est que le début.
Parce qu'il y a aussi les miroirs.
Certains vous allongent. D'autres vous élargissent. Et quelques-uns semblent avoir été spécialement conçus par quelqu'un qui nourrit une profonde rancune envers l'humanité.
D'ailleurs, je suis presque certaine que c'est le même fabricant qui fournit les miroirs déformants des fêtes foraines.
Vous savez, ceux devant lesquels on se retrouve avec des jambes de trois mètres, une tête en forme de poire ou des fesses qui nécessiteraient leur propre code postal ?
Sauf qu'à la fête foraine, au moins, on sait qu'on est là pour rigoler.
Dans une cabine d'essayage, beaucoup moins.
On finit par se demander si c'est vraiment nous, là-dedans.
Pourtant, ce matin encore, dans notre salle de bains, tout allait plutôt bien.
Mystère.
La mystérieuse affaire des dix kilos apparus entre deux boutiques
Il y a aussi un phénomène que la science devrait sérieusement étudier : les tailles de vêtements.
Dans la première boutique, vous essayez un pantalon en taille 40. Il vous va parfaitement. Vous pouvez marcher, vous asseoir, respirer. Bref, mener une existence tout à fait normale.
Vous entrez dans la boutique suivante, vous prenez un autre pantalon en taille 40 et là…
Impossible de dépasser les cuisses.
Pardon ?
On vérifie l'étiquette.
On regarde à nouveau.
Toujours 40.
Mais enfin, qu'est-ce qui s'est passé pendant les cinquante mètres qui séparent les deux magasins ?
Parce qu'à moins d'avoir pris dix kilos dans chaque fesse en traversant la galerie commerciale, il y a quelque chose qui m'échappe !
D'accord, je me suis arrêtée devant la vitrine de la pâtisserie.
Mais J'AI REGARDÉ LES GÂTEAUX. JE NE LES AI PAS MANGÉS !
Depuis quand les éclairs au chocolat font-ils grossir par télépathie ?
Et le plus merveilleux, c'est qu'on finit presque par culpabiliser.
Alors que le seul crime qu'on ait commis, c'est de croire qu'une taille 40 signifie la même chose dans deux magasins différents.
Visiblement, c'était beaucoup demander.
Le pantalon qui prend des otages
Mais revenons à notre cabine.
Sur le cintre, ce jean avait l'air sympathique.
On passe une jambe.
Puis l'autre.
On tire un peu.
On sautille.
On se tortille.
On tente une manœuvre qui ressemble vaguement à une danse traditionnelle inventée dans l'urgence.
Et miracle : le pantalon monte !
Enfin… presque.
Il reste quelques centimètres à gagner, mais rien d'insurmontable. Après tout, il est indiqué « votre taille » sur l'étiquette.
On inspire profondément, on rentre le ventre, on tire sur la fermeture.
Un petit bruit inquiétant se fait entendre.
On préfère l'ignorer.
Puis vient le moment de s'asseoir.
Enfin, d'essayer.
Les genoux refusent de plier. Le tissu semble prêt à demander une rupture conventionnelle.
Mais le véritable drame arrive lorsqu'on décide de retirer le pantalon.
Parce que, manifestement, ce qui est monté ne redescendra pas sans négociation.
On tire sur une jambe.
On perd l'équilibre.
On se rattrape au rideau.
Le rideau bouge dangereusement.
Pendant une seconde, on envisage très sérieusement de rentrer chez soi avec le pantalon.
Après tout, il n'est pas si mal.
Il suffira de ne plus jamais s'asseoir.
« Alors, ça vous va ? »
C'est généralement à ce moment précis qu'une vendeuse choisit de se manifester.
« Tout se passe bien ? »
Bien sûr.
Absolument.
On est simplement coincée dans un pantalon, en équilibre sur un pied, avec le rideau enroulé autour du coude et une chaussure quelque part sous le tabouret.
Mais sinon, tout va très bien.
« Vous voulez que je vous apporte la taille au-dessus ? »
Silence.
La taille au-dessus ?
Pardon ?
On vient de passer sept minutes à convaincre notre ego que ce pantalon était mal coupé, et voilà qu'une parfaite inconnue propose de régler le problème avec trois mots.
Non, mais elle veut que je lui fasse quoi, celle-là ?
Que je lui torde le cou ?
Que je lui fasse avaler son 34 fillette, cintre compris ?
Ou alors…
Je pourrais simplement lui sourire et répondre :
« Non merci, ça ira. »
Parce qu'évidemment, cette pauvre vendeuse n'a rien demandé. Elle essaie juste de faire son travail.
Tout ça pour un pantalon.
Et dire qu'en entrant dans cette boutique, j'étais de bonne humeur.
L'épreuve du retour à la civilisation
Après quelques contorsions supplémentaires, le pantalon finit heureusement par céder.
On retrouve la liberté.
Et, avec un peu de chance, ses deux chaussures.
On remet ses vêtements, on rassemble ses affaires et on sort de la cabine en essayant d'avoir l'air d'une personne qui vient simplement de faire du shopping.
Pas d'une survivante.
La vendeuse nous adresse un sourire.
« Alors, vous avez trouvé votre bonheur ? »
On regarde les vêtements qu'on tient à la main.
On repense à la lumière, au miroir, au jean, à cette taille 40 qui n'avait visiblement jamais rencontré une autre taille 40 de sa vie.
Et on répond avec toute la dignité qu'il nous reste :
« Je vais réfléchir. »
Ce qui, dans le langage des cabines d'essayage, signifie généralement :
Je vais rentrer chez moi, mettre un jogging et ne plus jamais ressortir.
Et si le problème n'était pas nous ?
Parce qu'au fond, c'est peut-être ça, le plus absurde.
On entre dans un magasin pour trouver un vêtement qui nous plaît, et on finit parfois par se demander ce qui ne va pas chez nous.
Alors qu'une taille n'est qu'un chiffre sur une étiquette.
Qu'un miroir mal placé ne mérite pas de décider de notre humeur.
Et qu'un pantalon qui refuse de fermer n'a pas davantage raison que celui qui nous allait parfaitement cinquante mètres plus tôt.
Nos corps n'ont pas à se justifier devant les fantaisies des fabricants.
Les vêtements sont censés s'adapter à nous, pas l'inverse.
Alors, la prochaine fois qu'un jean vous fait croire que vous avez pris dix kilos entre deux boutiques, souvenez-vous d'une chose :
Vous n'avez probablement pas changé de taille en traversant la galerie commerciale.
Et si vous êtes passée devant une pâtisserie, inutile de vous dénoncer.
Regarder les gâteaux n'a jamais fait grossir personne.
Enfin…
Jusqu'à preuve du contraire.
Parce qu'avec les tailles de vêtements, personnellement, je commence à me méfier de tout.
Et vous, quelle est votre pire aventure en cabine d'essayage ?
Le jean impossible à retirer ? Le miroir assassin ? La fermeture éclair qui menace de rendre l'âme ?
Racontez-moi ! Qu'on sache enfin si ces cabines sont des lieux de shopping… ou des épreuves de survie organisées.
Plume d'écume 💗