Panier d'achat
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Sans laisser de trace

Mardi, 9 h 17.


Une disparition inquiétante vient d'être signalée à mon domicile.

La victime a été vue pour la dernière fois dimanche soir. Depuis, plus aucun signe de vie.

Aucune demande de rançon. Aucun message. Pas le moindre indice permettant de savoir ce qui lui est arrivé.

Je décide donc d'ouvrir une enquête.

Parce que, dans cette maison, il est hors de question que quelqu'un disparaisse sans que personne ne s'en préoccupe.

Même s'il s'agit d'une chaussette.


Une chaussette noire. Taille 39.

Et surtout, une chaussette qui avait une jumelle.

Cette dernière est actuellement sous le choc. Je l'ai retrouvée seule, abandonnée au fond du panier à linge propre.

Elle refuse de parler.

L'affaire s'annonce compliquée.


Première constatation : une disparition impossible


Je reconstitue les faits.

Dimanche, 18 h 42, les deux chaussettes ont été placées ensemble dans le tambour du lave-linge.

J'en suis certaine.

Je les ai vues.

Lundi, après le lavage, une seule est ressortie.

J'ai immédiatement inspecté le tambour, le joint en caoutchouc et le dessous de la machine.

Rien.

La disparue semble s'être volatilisée.

Or, sauf erreur de ma part, une chaussette ne possède ni jambes, ni passeport, ni moyens financiers lui permettant de quitter le territoire.

Il y a donc forcément une explication.

Et je compte bien la trouver.


Interrogatoire des suspects


Le premier suspect est évidemment le lave-linge.

Il était présent au moment des faits. Il a eu la victime sous sa responsabilité pendant une heure et vingt-trois minutes.

Et il est le dernier à l'avoir vue vivante.

Je me plante devant lui.

« Alors ? On va parler ? »

Silence.

« Je sais qu'elle est entrée là-dedans. Où est-elle passée ? »

Toujours rien.

L'appareil affiche tranquillement « Fin de cycle ».

Un sang-froid remarquable.

Je note dans mon carnet : Suspect particulièrement peu coopératif.

Je poursuis avec le sèche-linge.

Il prétend ne rien savoir.

Facile.

Avec lui, tout tourne toujours autour du même sujet.

Vient ensuite le panier à linge.

Il contient trois tee-shirts, une serviette, un mouchoir en papier et une quantité de peluches suspecte.

Je fouille méthodiquement.

Rien.

Je commence à soupçonner l'existence d'un réseau organisé.

Parce qu'entre nous, ce n'est pas la première chaussette qui disparaît dans cette maison.

Et à ce rythme-là, je vais finir par découvrir une véritable fosse commune derrière la machine.


Un témoin au comportement étrange


C'est alors que je remarque le chat.

Installé sur le canapé, il m'observe depuis le début de l'enquête.

Beaucoup trop calmement.

Je m'approche.

« Où étais-tu dimanche à 18 h 42 ? »

Il bâille.

« Tu as quelque chose à me cacher ? »

Il entreprend de se lécher une patte.

Je note : Individu arrogant. Aucun respect pour les autorités.

Soudain, j'aperçois quelque chose de noir sous le canapé.

Mon cœur s'emballe.

Enfin une piste !

Je me mets à quatre pattes, tends le bras et récupère…

Une vieille chaussette.

Noire.

Taille 39.

Mais pas la bonne.

Celle-ci avait disparu il y a six mois.


L'affaire prend une tournure beaucoup plus inquiétante.

Nous ne sommes peut-être pas face à une disparition isolée.

Mais à un récidiviste.

Le chat détourne les yeux.

Coïncidence ?

Je ne crois pas.


Le retournement de situation


Après deux heures de recherches, je suis sur le point de classer l'affaire.

Faute de preuves.

Je ramasse les vêtements propres, résignée à condamner la chaussette survivante à une existence solitaire.

C'est alors que je remarque une petite bosse dans la manche d'un pull.

Étrange.

Je glisse la main à l'intérieur.

Et là…

LA DISPARUE !

Coincée tout au fond de la manche !

Vivante !

Enfin… aussi vivante qu'une chaussette peut l'être.

Je viens de résoudre l'affaire.

Le lave-linge est innocent.

Le sèche-linge également.

Le chat bénéficie d'un non-lieu, malgré son attitude franchement déplorable.

La victime avait simplement été entraînée dans la manche du pull pendant le lavage.

Je réunis immédiatement les deux chaussettes.

Les retrouvailles sont émouvantes.

Je décide de leur laisser un peu d'intimité.


Affaire classée… ou presque


Je range mon carnet, satisfaite du travail accompli.

Encore une énigme résolue grâce à mon sens de l'observation, ma persévérance et une légère tendance à soupçonner les appareils électroménagers.

Je peux enfin reprendre une vie normale.

Jusqu'à ce que monsieur arrive avec une paire de chaussettes à la main.

« Dis, t'aurais pas vu l'autre ? »

Je le regarde.

Je regarde la chaussette.

Puis le lave-linge.

Lui aussi semble me regarder.


Oh non.

Pas encore.

Je reprends mon carnet.

Mercredi, 11 h 06.

Nouvelle disparition.

Le suspect principal n'a toujours pas d'alibi.


Et vous, combien de chaussettes ont mystérieusement disparu chez vous ?

Parce que je commence sérieusement à penser qu'il existe un trafic international de chaussettes célibataires.

Et que nos machines à laver sont toutes complices.

Plume d'écume 💗