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La surprise

Je vous propose ce conte plutôt pour les enfants.

Il est bien évidemment pour tous les autres âges.

Bonne lecture à vous.


PS : Un énorme merci à M. Flo Igi, comme toujours, pour sa patience et son génie de relecteur.



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Chapitre 1



Derrière une fenêtre à petits carreaux se cachaient deux enfants. Ils attendaient en scrutant à la fenêtre. Le temps était affreux. La pluie empêchait de voir quoi que se soit. Étrangement les deux enfants persistaient. Il fallait qu'ils y voient.

La vieille au soir, Renan, avait entendu son père dire à sa mère, « Ça y'est c'est bon. Demain je rentre avec. Quelle joie ! ».


Aussitôt Renan l’avait répété à sa sœur Luce. En apprenant la nouvelle, elle lui avait proposé de ne rien dire aux parents, et de guetter le soir suivant l'arrivée de leur papa avec cette nouvelle chose.


Ce faisant, le soir venu, ils attendaient. Plus la pluie les empêchait de voir dehors, plus ils collaient leurs petits nez retroussés sur la fenêtre. Plus ils collaient leur nez, plus leur souffle déposait une épaisse buée, moins ils n'y voyaient.


Renan, fatigué d'attendre et de ne rien voir, dit à sa sœur qu'il allait dans sa chambre. Il monta. Luce, trop curieuse, préférait rester et regarder par la fenêtre. Elle avait eu une longue journée. Il fallait se lever tôt pour aller à l'école le matin, et marcher à pied de son hameau au hameau principal du village où se trouvait l'école.

Malgré les sabots récents, le bon foin qu'elle y avait fourré et les grosses chaussettes épaisses que sa grand-mère lui avait confectionnées, elle avait eu quelques douleurs aux pieds.


Les maths et le français le matin, une petite heure de science l'après-midi, le retour de l'école, les devoirs, un peu de temps de jeux et les travaux domestiques du soir qu'elle avait du effectuer en l'absence de ses parents, l'avaient bien fatiguée.

Les poules avaient été nourries et rentrées dans le poulailler, le linge mis à l’abri en catastrophe avec la pluie. Un fil à linge de fortune avait été installé dans le salon. Quelle journée !


D'habitude c'était sa mère et son père qui géraient tout cela, mais pas ce soir.

La chose à récupérer les avait sollicités tous les deux.


La curiosité, donc, la faisait tenir. Cependant la fatigue, s'installant tout doucement en amie, la fit s'assoupir. Le crépitement des bûches dans la cheminée, la pluie tombant régulièrement la berçaient. Elle s'endormit, un peu, beaucoup, puis très profondément. Elle tomba dans un rêve.


Dans le rêve elle était toujours dans son salon, guettant toujours par la fenêtre. Elle attendait ses parents. Quand soudain elle regarda le linge et remarqua une chaussette qui était tombée au sol. La chaussette se mit à bouger. Elle se frotta les yeux, regarda à nouveau. Elle voyait bel et bien la chaussette bouger. Elle prit peur, saisit le rouleau à pâtisserie qui traînait non loin de là et s'approcha du tricot qui gesticulait. D'un coup la chaussette se mit à tousser, encore plus surprenant. Elle hésitait à aller plus près. C'était extrêmement étrange de voir ce sous-vêtement tousser. Le tricot s’entrebâilla au niveau de son ouverture, et il en sortit un petit homme. Entre deux et trois pommes de taille, pile poil. Il était vêtu de deux épaisseurs visibles, celle du dessus était une peau de bête, et celle du dessous extrêmement collée au corps et légèrement brillante. Les mailles de ce second tissu étaient extrêmement fines, imperceptibles à l’œil nu. C'était fascinant. Luce observait tout cela, comme hypnotisée par la situation et la découverte de cet homme. Elle en avait oublié sa peur. Ils se regardèrent un moment sans trop savoir quoi dire. Lui, semblait gêné d'être là, et elle continuait à l'étudier de son regard perçant.

Il se lança : « Bon ben je suis désolé, je voulais pas vous importuner. Je crois que je me suis trompé de chaussette.

- Ha, répondit-elle.

- Oui je voyage grâce aux chaussettes, ça fait comme un portail quoi. Mais visiblement je me suis trompé.

- Mais pourquoi vous vous êtes trompé ?

- Ben j'voulais aller dans un vieux manoir abandonné. Ils y laissent toujours de vieilles chaussettes dans ces bâtisses. Il arrête pas de pleuvoir et j'ai une fuite dans ma maison, alors bon, je me suis dit : « Zou, ça fait longtemps que t'as pas fait ce tour de passe-passe, mais en avant mon Jannot vas-y ! » Ben v'là t-y pas que je m'retrouve chez vous. Je suis vraiment rouillé. J'suis désolé.

- Mais ne vous excusez pas. C'est embêtant les fuites d'eau. Mes parents ne vont pas être contents si je laisse des inconnus rentrer, mais bon si ça fuit chez vous... Et puis faut dire que quand même c'est une drôle de manière de rentrer chez les gens, puis vous êtes vraiment très petit.

- Oui, je sais tout cela. Vous embêtez pas, je vais repartir, suffit que je rentre à nouveau dans la chaussette et zou. J'espère juste pas faire le tour du village. Avec mon manque de pratique, ça risque d'arriver.

- Vous inquiétez pas tout le monde dort à cette heure-ci. Mais vraiment vous pouvez rester le temps qu'il arrête de pleuvoir. Vous allez pouvoir réparer la fuite ?

- Oh bah on va bien pouvoir le faire. C'est ma mousse qui est pas bonne. Et faut que je retrouve ce foutu mastic... Je l'ai perdu. Pfff, ça commence comme ça, puis après on perd tout, on oublie tout.

- Je sais ce que c'est. Mon frère Renan n'arrête pas de tout perdre. Une vraie tête de linotte. Il passe son temps à rêvasser...

- Oh moi c'est pas parce que je rêvasse que j'oublie. Quoique parfois ça m'arrive.

- Vous habitez seul, reprit Luce.

- Oui, et depuis un moment. Les autres sont partis. Ils ont dit qu'il y avait trop de monde. Je comprends pas, j'vois point personne, là-bas, enfin chez moi.

- Et pourquoi vous êtes si petits ? Est-ce que c'est à cause de votre taille qu'on ne vous voit jamais ?

- Oh non, on ne me voit pas parce que les humains adultes ne nous aiment pas. Comme qui dirait, on se protège.

- Ha ! Et votre taille ?

- Et bien on a toujours été petits. Oh pouh, c'est plus pratique. On a des maisons dans les arbres comme ça, on se fond dans le décor, et puis on a moins froid !

- Ha bon, moins froid ?

- Oui, oui, je concentre la chaleur avec ma petite taille, très pratique.

- Et pour voyager, vous faites comment ?

- Ha ça c'est une longue histoire. Tu veux que je te fasse essayer ?

- Je peux aussi voyager comme cela ?

- Oui, je peux te montrer.

- Si j'y vais seule papa et maman ne vont pas aimer.

- Je comprends.

- On ne part pas avec des inconnus. Si c'est avec mon frère ils risquent d'être d'accord. Je vais chercher mon frère, Renan. On va où ?

- J'sais bien que si c'est moi qui le dit ça fait moins vrai, m'enfin, vous êtes en sécurité avec moi les p'tios.

- D'accord. »

Luce n'avait pas besoin qu'il le lui dise, elle le savait.


Jannot reprit : « Bon je vais vous emmener, hum... disons dans notre village.

- Ha vous avez une ville ?

- Oui, j'y vais de temps en temps. Il faudra vous courber pour faire croire que vous êtes de chez nous. Enfin on verra, peut-être qu'ils se montreront même s'ils voient que vous êtes des humains.

- Heu d'accord. Attends, je reviens. Tu crois qu'on sera là à temps pour quand maman et papa reviendront ? Ils ont une surprise, je ne veux pas la louper.

- Oh oui, on va placer une sirène, si je me souviens de celui-là de tour de passe-passe. Roh, je suis rouillé, mais rouillé. Attends faut dire, humm, Une fois la sirène descend, une fois la sirène entend, une fois la sirène nous chante... quelque chose comme ça...

- Je te laisse faire ton tour, retrouver la mémoire et je reviens avec Renan. »


Ainsi le petit bonhomme marmonnait ses formules sans trop savoir si elles étaient justes. S'il en disait plusieurs c'était certain que quelque chose allait fonctionner, en espérant que ce soit le bon qui en sorte...



Chapitre 2



« Renan, Renan, réveille-toi ! Y'a un petit homme qui est chez nous. Il va nous emmener chez lui dans le village de sa tribu, ou quelque chose comme ça. Viens, mais lève-toi. »

Luce tira Renan de son sommeil et de son lit. Il ne voulait pas, mais elle le tirait. Il lui demanda tout endormi : « Mais qui est ce petit homme ?

- Il s'appelle Jannot. Il est minuscule, haut comme deux pommes et demie.

- Pourquoi deux pommes et demie, dit-il en baillant, se grattant la taille et remontant son pyjama qui ne tenait pas très bien.

- Parce que j'ai un compas dans l’œil. Je sais qu'il fait cette taille.

- T'es bizarre parfois, dit-il toujours engourdi. Bon d'accord pour aller voir ce petit homme et voyager avec lui. Mais c'est très bizarre.

- Je sais. Mais c'est rigolo, non ?

- Hum. Oui, oui. »


Ils descendirent voir Jannot qui était encore en train de tester ses formules pour créer une alarme permettant de prévenir du retour des parents.

Il en trouva une qui semblait fonctionner. Elle avait bien marché la fois dernière. Elle devait pouvoir le faire à nouveau.


Renan était émerveillé de la taille de cet homme et de son accoutrement, moderne et primitif à la fois. Il confirma les mesures à sa sœur. Oui il faisait bien deux pommes et demie. Jannot fit un signe pour saluer Renan. N'étant pas trop doué pour les formules de politesse et les présentations, il ne se présenta pas plus que cela. Concentré sur le voyage et stressant un peu de se tromper à nouveau, il rentra direct dans la chaussette, et leur dit de lui tenir les mains. C'est lui qui maîtrisait des portails à l'intérieur de la chaussette, et pouvait les guider où bon lui semblait, quand il maîtrisait sa magie. Ils étaient donc partis vers le village de Jannot.


Jannot prit par la main gauche Luce et par la main droite Renan. Il se concentra, de la lumière jaillit de la chaussette et le départ fût imminent. La sensation lors du voyage était très étrange. Les corps des enfants se mirent à se dissoudre et disparaître, pour se reformer et réapparaître ailleurs. Cela ne faisait aucun mal. C'était comme le ressenti du relâchement soudain des corps qui donne une sensation de chute. Pas plus que cela. C'est ainsi qu'ils arrivèrent dans une grande pièce assez sombre. Il y avait des draps blancs sur la plupart des meubles de la pièce. Jannot comprit de suite : « Oh flûte, nous v'là dans l'manoir. Je suis vraiment rouillé.

- Mais non tu n'es pas rouillé, on a bougé Jannot, dit Luce.

- C'est sûr, mais bon on est pas dans mon village. »


Luce se mit à regarder la pièce et s'exclama : « Comme c'est beau ! Est-ce qu'on a le temps de le visiter. »

Jannot lui répondit avec son ton dégourdi : « Pour sûr, on a le temps. »


Ils déambulèrent de pièce en pièce. Les portes étaient joliment décorées de cadres dorés, sur les plafonds des moulures avaient soigneusement été sculptées et peintes, les murs étaient agrémentés de toiles élégantes, de paysages et de portraits. Ça et là on trouvait des tapisseries riches de détails. De magnifiques tapis d’orient couvraient le sol. C'était un régal pour les yeux. Renan s'amusait à soulever les draps blancs déposés sur les meubles. Il devinait à l'avance ce que cela pouvait être. C'était drôle. Luce posait sans cesse des questions à Jannot sur le manoir, comme s'il était le propriétaire du lieu. Il répondait comme il pouvait, avec sa bonhomie habituelle.


C'était un manoir classique, somme toute. Impressionnant toutefois pour les enfants qui vivaient dans une chaumière de campagne. Leur petite demeure offrait cependant toutes les commodités nécessaires à une vie confortable. L'isolation était bonne hiver comme été, l'ameublement simple permettait de faire tout un tas d'activités domestiques comme artisanales.


Ils finirent leur tour du manoir dans les combles, qui étaient sombres et poussiéreux. Il valait mieux ne pas déplacer des objets sous peine de respirer l'air chargé de petites particules fines et de tousser. En bons explorateurs, ils observèrent les objets que les propriétaires avaient entreposés dans le grenier. Certains étaient des stocks en luminaires, en couvertures, en chaises, et parfois des objets cassés. Renan aperçu la statue d'une dame aussi haute que Jannot. Elle était pleine de poussière, qui s'y était déposée comme étalée par des petites mains. La statue se mit à éternuer. Renan eu un peu peur, s'approcha malgré tout, et dit « Bonjour » à la statue. C'est alors qu'il entendit une petite voix lui dire en retour « Bonjour ».


Jannot et Luce qui entendirent Renan s'approchèrent. Ils virent la statue bouger. Jannot pris un air étonné, et dit « Ben qu'est-ce que tu fais là Henriette ?

- Oh mon Jannot ! Quelle histoire ! Je me suis déplacée par les portails des chaussettes, et je suis tombée sur la mauvaise, dit-elle gênée.

- Toi aussi ? J'arrête pas de me tromper. Je suis tombé chez les enfants alors que je voulais aller au manoir. Après notre rencontre je leur ai proposé d'aller visiter notre village, et là vl'à t'y pas que de chez eux je tombe ici.

- Tu voulais aller au manoir ?

- Oui... J'ai encore des fuites à ma toiture. Pierric ne l'a pas bien réparée. Je lui ai dit qu’il fallait faire un sort de protection sur sa mousse d'isolation. Elle datait. Les mousses de forêt pas fraîches faut renforcer leur pouvoir isolant avec deux ou trois formules.

- Boh, Pierric il a toujours été terre à terre, un vrai nain de la mine.

- M'en parle pas Henriette. Mais dis-moi, tu es là depuis longtemps ?

- Un peu, dit-elle le regard vers le bas. C'est cette foutue formule... Je me suis trompée.

- Ha ba nous v'là bien toi et moi à avoir la mémoire qui flanche, dit-il en riant et Henriette avec. On va aller humer du romarin Henriette, ça va nous rafraîchir le ciboulot.

- Bonne idée Jannot.

- Mais dis, ton mari, il t'a pas cherché si ça fait un bout de temps que tu es là ?

- Non, il doit courir après la Paule, elle était tout le temps chez nous ces derniers temps. Je les soupçonne de faire des choses dans mon dos.

- En voilà des manières. On va aller au village et lui dire deux trois mots à ton Albert. Quel abruti. »


Les enfants étaient restés en retrait pendant la discussion. Ils observèrent les deux interlocuteurs au début, puis reprirent vite leur tour des combles. Jusqu'à ce qu'ils regardent la vue qui donnait sur le jardin à travers une des petites lucarnes toute ronde. Malgré la nuit, la pluie leur permettait de voir grâce aux surfaces luisantes d'eau. Ils constatèrent que le jardin était bien en friche. Les ronces avaient parfois pris de la place dans certaines allées d'un jardin autrefois bien organisé et taillé à la française, comme les vestiges en attestaient.


L'idée leur vint que leurs chèvres pourraient à l'avenir manger un peu des ronces si les propriétaires le leur en laissaient la possibilité. Échangeant tout deux sur le sujet, ils détournèrent leur regard de la fenêtre un instant. Puis au moment de regarder à nouveau vers la fenêtre une grosse masse se déplaça dans les herbes hautes des allées. C'était long comme trois chiens, avec des pattes très courtes. Les enfants aperçurent comme deux bosses de chaque côté sur le dos de l'étrange animal. Ils interpellèrent Jannot pour savoir s'il savait ce que cet animal était. Il s'exclama : « C'est Bérénos notre dragon ! Ça pardi ! Quelle surprise !

- Je crois qu'il me cherche, dit Henriette. C'est bien le seul.

- Mais dis-moi, depuis combien de temps tu es vraiment là ?

- Une bonne grosse semaine...

- Ha oui, quand même. Ma pauvre Henriette.

- Oh ça va, j'étais dans un joli endroit. Mais c'est quand même long toute seule ici.

- Tu ne pouvais pas repartir ?

- Non, je n'ai pas retrouvé la chaussette où je suis arrivée, puis la formule...

- Tu sais ce qu'on va faire, on va demander au dragon de nous emmener dans notre village, ce sera plus sûr. Puis il sera content de te voir.

- Bonne idée, répondit Henriette. »


Jannot et Henriette ouvrirent la lucarne et entonnèrent une mélodie particulière. Les deux bosses sur le dos du dragon se déplièrent en de jolies ailes. Il s’éleva jusqu'à eux, et se positionna en vol stationnaire juste devant la fenêtre. Il émit un son qui se transforma en mot dans la tête des nos quatre protagonistes. Son message était le suivant : « Bonjour les amis ! Content de te revoir Henriette. Je t'ai cherché partout. Albert ne voulait pas venir, il devait travailler avec Paule pour la prochaine fête du village. J'étais furieux, j'ai cramé votre maison de jardin. Je suis désolé.

- Ne t'en fais pas Bérénos. Cet Albert est un idiot, et il ne va pas continuer à me jouer des tours comme cela. Je vais lui tirer les oreilles et les pieds. Puis je crois que je vais le laisser tout seul avec sa Paule qui ne sait ni cuisiner, ni faire du tricot. Ça le lui fera les pieds justement.

- Bien dit, répondit le dragon toujours à travers ce son étrange. Qui sont les deux géants derrière vous ? Ce sont des enfants d'humains ?

- Oui, dit Jannot, c'est Renan et Luce. Ils habitent juste à côté. Ma foi, j'ai atterri dans leur maison alors que je visais le manoir. Ils ont été bien gentils avec moi les p'tiots. Alors je leur ai proposé de voyager grâce à nos portails et pis aussi une visite de notre village.

- Bonne idée. Cela doit être intéressant pour eux et ce n'est certainement pas tous les jours qu'on voit un homme aussi petit. Hein les enfants ?

- Oui, lui répondirent-ils. Puis un dragon encore moins, dirent-ils en pouffant.

- C'est sûr, dit Bérénos.

- Dis-nous Bérénos, dit Jannot, on a un souci de portail. Est-ce que tu pourrais nous transporter sur ton dos pour aller au village ?

- Un problème de formule Jannot, demanda le dragon.

- Oh à peine rien, mais l'arrivée n'est pas toujours celle qu'on souhaite.

- Je vois, répondit le dragon avec le sourire aux lèvres. Vous voulez que je vous transporte jusqu'au village malgré la pluie ?

- Oui, dirent-ils tous à tue-tête

- Comme vous voulez, mais vous allez être trempés. Une petite formule parapluie ?

- ça doit bien se trouver Bérénos, répondit Jannot.

- Alors en avant les enfants, reprit le dragon. »


C'est ainsi qu'un à un ils se hissèrent en passant par sa tête, sur le dos lisse et froid de Bérénos. Au toucher les écailles donnait une impression très différente de la peau des humains plutôt chaleureuse. Luce était folle de joie à l'idée de voyager sur le dos d'un animal aussi extraordinaire et tout cela dans le ciel. Les sensations du vol devaient être incroyables. Et ce fut le cas. Avant que le dragon ne se mette à bouger une pensée submergea Luce, elle se tourna vers Henriette et lui demanda : « Mais d'où est-ce que vous venez ? Est-ce que vous êtes des humains comme nous, vous les petits hommes ? »

Henriette lui sourit et lui répondit ainsi : « C'est une excellente question. Si Babou le savant et conteur du village est d'accord nous pourrons te répondre et te raconter tout cela. Mais avant ne tardons pas avec la pluie. Accrochez-vous bien les enfants ! »


Luce était devant, ensuite Renan, puis Henriette et pour finir Jannot. Chacun s'accrocha où il pouvait sur le dragon. Jannot marmonna trois mots, puis un bouclier invisible se créa, et la pluie se mit à glisser sur celui-ci.

D'un coup les ailes du dragon qui oscillaient lentement en vol stationnaire se mirent à battre plus fort, et il commença doucement à se déplacer de nouveau. Le vent qui provenait des ailes du dragon s'engouffra dans leur cheveux. Puis la vitesse et la hauteur les fit décoller du manoir et observer de haut les bois, prairies et chemins des alentours.

Enfin, ils survolèrent leurs terres. C'était magnifique de voir le paysage défiler d'en haut. Les enfants étaient émerveillés. Tout devenait petit comme sur un dessin.

Ils atterrirent sur une minuscule prairie au début d'un chemin.



Chapitre 3



En face de cette minuscule prairie, là où le dragon s'était posé, se trouvait une muraille tout du long d'un chemin. Jannot et Henriette descendirent. Les enfants les suivirent. A part ce chemin et cette muraille avec un chêne kermès juste derrière, aucun village de petits gens ne se profilait à l'horizon. Renan et Luce cherchèrent des signes d'habitations. Mais rien. Quand tout à coup dans un interstice de la muraille sortit de la poussière et du gravier. Sûrement un lézard se dirent les enfants, ou un insecte. Puis à d'autres endroits, la même chose, de la poussière et du gravier sortirent des interstices. Un moment un petit balai dépassa de la muraille. Petit à petit en regardant bien, ils virent des portes apparaître, puis des fenêtres, puis des toits dans la muraille. C'était fascinant, comme si le mur devenait un village. Pour finir ils distinguèrent enfin les petits hommes et les petites femmes.

Au fur et à mesure que le village devenait perceptible, on parvenait de mieux en mieux à distinguer des bruits de bavardage, de cuisine, et d'activités variées. Puis d'un coup cela s'arrêta. C'est là que survirent une note, deux notes, trois notes et une myriade d'autres notes qui sonnèrent pour se mettre en harmonie, et devenir un chant.


Le village tout entier vocalisa une mélodie très particulière. Les enfants connaissaient bien les chants. Dans leur vie quotidienne beaucoup d'activités se faisant en chantant, aller au lavoir, aller à l'école, faire les moissons, construire une maison.


Ici c'était différent. Les sons créaient des colonnes d'air de poussière, faisant bouger les feuilles des buissons et des herbes alentours. Les plantes se mettaient à danser. Les harmonies attisaient de petites lumières dans chaque fenêtre des habitations. Le chant envoyait aussi un frisson doux dans le corps des enfants qui mêlait joie et bien-être. Bien qu'ils soient gais de nature, cela accroissait ce sentiment. Ces êtres avaient vraisemblablement un pouvoir dans leur voix que les enfants ne savaient pas expliquer. Même la pluie, jusque là incessante, s’arrêta de tomber.


Jannot fut ému de retrouver les siens pour un temps. Il les salua à son tour en chanson. Henriette s'y mit aussi, et le dragon les accompagna d’une vibration basse créant une harmonique de fond. Le tout était vraiment magnifique. Chanter chez eux permettait de saluer, d'accueillir, et à bien d'autres choses.


Après ce moment l'enthousiasme baissa d'un cran. Visiblement les enfants n'avaient pas besoin de faire semblant d'être des leurs. La tribu les accueillit sans crainte. Jannot leur parla de ses aventures de voyage et de portail, il parla de sa fuite d'eau, et de l'accueil des enfants chez eux, puis de leur curiosité.


A propos de curiosité, Luce demanda qui était Babou.

Un des petits gens du village lui répondit : « C'est notre savant, médecin et conteur du village. Vous venez pour vous faire soigner ?

- Non, non. répondit Luce. Mais Henriette nous a dit qu'il pourrait nous raconter d'où vous venez. Je voudrais savoir aussi si vous et nous sommes de la même origine.

- Oh ! dis donc tu veux en savoir des choses. C'est vrai que c'est l'occasion quand on rencontre Babou de le lui demander.

- Je voudrais savoir aussi, reprit Luce, pourquoi les humains adultes ne vous aiment pas. Vous êtes adorables. Je vous choisirais volontiers comme voisins plutôt que certains humains.

- Ha oui ?! C'est gentil de nous dire cela. Les humains ont leurs raisons d'être comme ils sont. On peut les comprendre. C'est juste que leur peur les guide un peu trop. Après, ils ont été construits ainsi.

- Construits ?

- Oui. C'est un peu compliqué à expliquer, quand Babou sera là, il te racontera tout cela, grâce à la boule de feu.

- C'est quoi comme boule de feu, demanda Renan qui entendant le mot feu eu un regain d'attention.

- Et bien c'est notre coin magique. Bérénos vient de temps en temps souffler dessus pour attiser le feu. Cela nous permet d'avoir accès à des connaissances.

- Comme pour nous avec les livres, quand on sait lire on a accès à des savoirs, reprit Luce.

- Oui, ça doit être cela, dit le petit homme. La boule de feu parle, et envoie tout un tas de connaissances. Cela peut nous protéger aussi de choses un peu sombres. »


Une petite dame un peu âgée écoutait la conversation. Elle s'approcha et observa bien attentivement les enfants. Puis avec des yeux taquins et un ton perspicace elle leur lança : « Vous êtes une bande de petits curieux. Je parie que vous reviendrez. » Elle s'arrêta. Son regard partit vers le ciel quelques secondes, puis se tourna vers Luce, la fixant dans les yeux. Elle lui dit en insistant à voix basse : « Tu ne rêve pas Luce. Tout ce que tu vois est bien réel. Et ton frère est avec nous aussi. Tu verras, tu comprendras. »

Elle était sur le point de partir quand elle se retourna, et ajouta : « On garde le dragon et la boule bien précieusement pour nous permettre de nous souvenir. Sans eux, nous allons oublier et nous serons un terrain fertile pour nos ennemis. C'est pour cela qu'on les proge. »


Elle se tourna, souleva l'arrière la cape, puis déploya ses deux fines et délicates ailes, et s'envola vers sa petite hutte perchée dans un arbre.


Luce était fascinée par le spectacle qu'elle venait de voir et les mots qu'elle avait entendu. Le rêve et la réalité commencèrent à se mélanger dans sa tête, provoquant un étourdissement. Renan la dévisagea, lui demanda si elle allait bien. Elle répondit que oui. Elle sourit. Jannot qui était parti discuter à droite et à gauche revint vers ses hôtes, leur proposa de suivre le dragon qui allait souffler sur la boule de feu, comme à son habitude, plusieurs fois par semaine.


Bérénos se tenait derrière la muraille où les habitations principales se trouvaient. Il était sous un chêne kermès, arbre assez imposant pour les petits gens, mais point trop pour leur taille. Bérénos dont le corps était relativement grand pour le village, se tenait sur ses quatre pattes, le corps confiné dans une micro prairie devant le chêne. Il se concentra, prit une longue inspiration et souffla doucement par à-coups. Puis lentement la boule de feu se raviva. Bérénos lui parlait avec ses sons étranges. La boule répétait en écho ses sons et semblait répondre au dragon. Les enfants ne manquaient aucune miette de cette scène.


Sur le côté, contemplant la boule de feu et le dragon qui soufflait, se tenait Babou. Il était un chouia plus petit que les autres, peut-être deux pommes un quart se dit Luce, ou seulement deux pommes. Malgré sa petite taille il en imposait car il compensait cela par un tour de taille assez impressionnant. Visiblement le monde terrestre le nourrissait comme il fallait. Il se tenait assit sur son rocher, les mains jointes sur son gros ventre. Il prenait un air soucieux qui ne lui était pas habituel, regardant tantôt le dragon, tantôt au loin.


Le dragon lui fit une révérence, et Babou s'avança. Il avait entendu que les visiteurs souhaitaient ardemment lui poser des questions. Il se posa devant la boule de feu, inspira doucement et se souvint aussitôt. Les enfants le scrutaient, assis sur des petits rochers à l'extrémité de la muraille. Bérénos se posa sous un arbre, en bordure de celle-ci, ferma les yeux, et s’endormit d'un sommeil de pierre. Il avait bien travaillé, il était temps pour lui de se reposer.



Chapitre 4



Sous l'arbre se trouvait maintenant Babou attendu par la foule. Le feu de la boule allait livrer ses secrets et allait faire parler notre conteur.

Il se tourna vers la foule installée dans la prairie. Les enfants du village adoraient se moment. Babou racontait bien et rajoutait des blagues dont ils raffolaient.

Un des enfants demanda à Babou : « Raconte-nous l'histoire de la Terre ?

- Encore, s'exclama-t-il.

- Oui, répondirent les enfants en cœur.

- D'accord, d'accord, soupira-t-il. Je tacherai d'ajouter les questions de nos hôtes. Pas besoin de me les poser, la boule de feu le sait déjà. Elle me guidera. »


Il commença ainsi :

« Il y a longtemps, au tout début de la Terre, notre planète était peuplée...

- Non elle n'était pas peuplée Babou, lui lança un des petits hommes connaissant l'histoire par cœur.

- Il est rouillé, comme moi, dit tout bas Jannot à Henriette, la parole sort de travers.

- Non, c'est juste le début, ça dérape toujours un peu au début, reprit Henriette confiante. »


Babou prit une grande inspiration, se concentra, puis reprit :

« Il y a bien longtemps, au tout début de la Terre, notre planète était vide, complètement vide. Aucun être n'y habitait, aucune plante, les pierres étaient inhabitées, la Terre était le seul être vivant sur cette trajectoire qu'elle faisait autour de l'astre solaire.

Elle se plaisait à faire ses tours de manège en solitaire. C'était une source de joie infinie de tourner sur elle-même et de tourner autour d'une étoile aussi belle que ce Soleil. Il brillait d'un éclat incomparable. Elle passait son temps à le regarder, il était beau, si beau. Elle en oubliait qu'elle existait tellement elle le contemplait et l'admirait. Le Soleil en fut fort flatté et lui renvoya de la lumière de manière plus intense. La Terre, par sa beauté en fit de même. Le Soleil admira ce qu'elle dégageait, et il intensifia encore plus ses rayons, lui envoyant tellement que celle-ci se mit à bouillonner et à chauffer au point d'avoir des éruptions de matière brûlante.

- Babou ça fait mal les éruptions, demanda Choupinette, la petite nièce de Jannot.

- Mais non Choupi, c'est comme toi quand tu transpires, ça fait pas mal. Bon, je poursuis, c'est sérieux les enfants.

- Mais Babou, l'amour c'est pas sérieux.

- Mais si, mais si, reprit-il. »


Jannot se tourna vers Henriette, et lui glissa à l'oreille que Babou prenait un peu trop le ton du professeur ces derniers temps. Elle acquiesça.


Babou continua : « Ce fut comme des boutons de matière en ébullition sur la planète. Les minéraux s'activèrent, fusionnèrent et se marièrent. C'est ainsi qu'ils donnèrent des petits et purent commencer à habiter les pierres, les roches, et sables.

La planète sentit lentement mais sûrement de la vie s'installer en elle. Elle était radieuse, et belle à en crever.

Cependant le Soleil avait remarqué qu'une autre planète l'admirait. Elle s'appelait Vénus. Oh Vénus, elle était aussi d'une rare beauté, et le Soleil ne se privait pas de le constater chaque jour. Petit à petit il regarda plus Vénus que la Terre. Horreur ! La Terre ne le supportait pas.

- Hou la jalouse, lança Tristan le fils de Babou.

- Oui, elle est amoureuse quoi. Elle le veut que pour elle. Il n'y a rien de mal à cela, insista Babou.

- Babou qu'est-ce qu'il se passe en ce moment, demanda Pierric qui sentait quelque chose malgré son naturel terre à terre.

- Vous m'agacez à la fin. J'essaye de raconter notre histoire. Vous n'êtes pas contents, questionna-t-il.

- On se demande si cela va. Tu es moins sérieux d'habitude, lança un papa dans la foule.

- Je ne sais pas. Je sens qu'il y a des choses importantes à dire, répondit Babou.

- On sait que tu veux bien faire. Mais tu n'es pas obligé d'être aussi intense. Le savoir viendra quand il le faudra, continua Pierric. Soit confiant.

- J'entends ce que vous me dîtes. Je n'ai pas l'âme à jouer en cette période. Il y a des choses importantes qui se préparent. Je ne peux pas en faire abstraction. Si vous voulez une histoire plus légère demandez à quelqu'un d'autre de conter l'histoire.

- C'est pas un souci Babou, on peut demander à Jannot de te remplacer, dit une dame dans la foule. »


Jannot fut gêné. Il ne venait pas souvent au village, malgré cela on lui proposait de remplacer Babou au pied levé. Néanmoins ce dernier lui céda sa place volontiers.


Jannot commença : « Je sais pas trop comment dire, je vais voir ce que je peux faire. Je ne promets rien. Où on en était déjà ?

- La Terre est pas contente que le soleil y matte Vénus, lui lança quelqu'un dans la foule.

- Ha oui. Elle voulait que le soleil la voit seulement elle. Comme il ne la voyait pas, elle était bien empêtrée, même qu'elle était en colère. Alors elle sentit c'te colère, mais cette fois ce fut de la fumée qui sortit, qui recouvrit toute sa surface. Cette fumée était épaisse. Le Soleil ne put voir que cette couche dense et grise. Après cette forte agitation, la Terre ressentit une morosité intense qu'elle ne sut expliquer. La fumée se condensa et tomba. De partout il plut. Il plut, et il plut pendant des jours, et des jours. Le soleil ne pouvait voir sa bien-aimée. Il constatait ce brouillard et réfléchit pour savoir comment désépaissir ce nuage et ces vapeurs. Il décida de faire ce pour quoi il était conçu : rayonner, et réchauffer le cœur de sa belle.

L'eau qui était tombée au sol reçue de la chaleur, puis par un miraculeux hasard, les gaz et les minéraux de la Terre firent apparaître des petits êtres tout, tout petits. Ceux-ci n'avait qu'une petite membrane et une machinerie biologique interne d'une ingéniosité prodigieuse.

Sur Terre, à la lumière incroyable du soleil, émergea du vert, du vert et du vert. Des créatures vertes, presque immobiles apparurent partout où elles le pouvaient. Elles formaient des toiles, sous la terre, sur la terre, dans les airs. C'était impressionnant. Ce fut un réseau incroyable qui grandissait de manière harmonieuse, créant de gigantesques forêts luxuriantes.

- Dis donc Jannot, c'est que tu causes bien avec la boule, lui dit un petit homme.

- Ben voui, t'as vu ça. Les blagues, je suis pas aussi doué que Babou moi.

- Mais non Jannot, ça va venir, lui dit Tristan. Papa est pas le meilleur pour la rigolade. C'est Bérénos qui est le plus fort avec ses sourires en coin.

- Alors là, je suis encore moins à son niveau. Bon je reprends les enfants. Le soleil qui observait cette métamorphose de loin remarqua que la Terre était bleue, très bleue et verte à certains endroits, très verte. C'est ainsi qu'il put admirer avec curiosité sa belle. Elle était tantôt colorée de vert, tantôt de bleu, et tantôt de rouge, de jaunes, et d'autres couleurs. Chaque jour, selon sa position part rapport à lui elle se transformait. Elle était devenue encore plus intéressante et fascinante qu'auparavant.

Au bout d'un certain temps, fatiguée d'être en compétition avec Vénus et les autres planètes, la Terre se résolue à partager son astre favori. Il rayonnait tellement qu'il pouvait partager sa lumière sur plusieurs planètes.

Sur Terre la vie évolua lentement et sûrement. On s'adaptait, on grandissait, on s'améliorait. La vie quoi.

Puis un jour les petites cellules isolées qui se trouvaient dans l'eau s'assemblèrent et formèrent de créatures animées plus grandes. La Terre leur demanda « pourquoi ? », alors elles répondirent « parce que ». Quelle question. »

La foule se mit à rire.


Tristan s'exclama : « Ha y'est Jannot, ça vient.

- Merci mon Tristan, dit-il en souriant. Je poursuis. Quelques milliers d'années plus tard, les créatures sortirent de l'eau, n'en pouvant plus de tourner en rond dans leur bocal même s'il était immense. C'est ainsi que certaines mirent les nageoires sur terre, et qu'elles s'adaptèrent chacune à leur manière sur la terre ferme. Vous connaissez les différents types, écailles, plumes, poils, peau, œufs, pas œufs, voler, pas voler, ramper, courir, sauter... Enfin voilà tout le panel.

Encore quelques milliers d'années passèrent.

- Et le soleil il regarde plus la Terre, demanda un enfant.

- Si, si, reprit Jannot, j'allais y venir. Le soleil remarqua que son éclat et sa lumière avait engendré énormément de vie sur la Terre. Il trouvait cela d’un ravissement exquis, contemplant sa lumière qui créait tant de choses. La Terre pouvait donc enfanter d'une manière extrêmement féconde. Cependant quelque chose le taraudait. La vie qu'ils avaient créée à eux deux était riche et luxuriante, mais il y manquait quelque chose.

- Un jardinier, demanda une petite voix.

- Oui c'est cela, répondit Jannot. Il pensa qu'il fallait des jardiniers. Il voulait qu'ils soient spéciaux. Il décida d'y mettre des êtres magiques pour s'en occuper. C'est ainsi qu'il envoya de son centre des petites poussières de lumière. Ces poussières propulsées jusque sur la Terre se transformèrent à son contact. Elles prirent la forme de personne se tenant debout, avec ou sans ailes. Ils étaient petits et robustes pour la vie ardue du monde terrestre. Ils comprenaient parfaitement les minéraux, vivants dans les pierres ; les plantes, ces créatures toutes vertes ; et les animaux, ces êtres qui étaient animés.

Le Soleil fut ravi de la situation. Sa planète favorite était entre de bonnes mains. La vie y était paisible et tranquille. Un peu trop sûrement pour notre histoire.

C'est alors que de nulle part débarquèrent des voyageurs de l'espace. Ils venaient d’une planète à des années lumières de distance de la Terre. Il voyageaient dans des vaisseaux vivants, qu'il dirigeaient par la pensée.

Lorsqu'ils arrivèrent sur la Terre, ils l'étudièrent avec attention. Cette planète leur plu beaucoup. Ils rencontrèrent les jardiniers de la Terre et en furent très enchantés. Joli travail pensèrent-il.

Un jour, contents de leur petit voyage d'études, certains partirent, et d’autres non. Ceux-là ils aimaient trop les fruits, et tout le reste. Sont un peu enveloppés certains comme notre Babou. D'une nature généreuse, ils enseignèrent le voyage dans l'univers aux êtres solaires qui apprirent très vite, et s'amusèrent à explorer, pour certains des univers entiers. Olala, qu'est-ce qu'ils ont pu voyager. Toujours à explorer et crapahuter à gauche à droite ceux-là. Enfin c'est nous quoi. Ce fut une période de faste et d'expansion pour eux. Le Soleil admirait l’évolution de ses petits protégés.

- Jannot, c'est trop rigolo, un coup c'est toi qui parle un coup c'est la boule, lança Henriette. »

La foule acquiesça. C'est vrai que le ton changeait, du savamment explicité à celui de Jannot. C'était d'un drôle. Encore plus drôle que les blagues de Babou. Mais personne ne se moquait de Jannot.


Jannot reprit : « Dîtes, c'est pas moi qui suis drôle ?

- Mais non, c'est la boule qui fait ça. Tout le monde est chamboulée avec elle, sauf Babou. Mais en ce moment il est dramatique. Ça arrive.

- Je vais reprendre. Alors ces voyageurs qui étaient restés sur terre, conquis par celle-ci, s'installèrent durablement.

Dans des temps plus récents, apparurent des bêtes à poils qui commencèrent à se redresser et à tenir sur leurs deux pieds. La Terre constatant cela se dit que la vie peut vraiment apparaître et évoluer de toutes les manières possible. Elle espérait que ses nouveaux enfants à poils pourraient grandir et devenir aussi des jardiniers, travaillant avec les êtres du Soleil.

- Pourquoi on a pas de poil, demanda un enfant sous le chêne.

- Bonne question dit Jannot. J'en sais rien moi. Alors la boule pourquoi on a pas de poil ? Attendez, elle dit qu'on en a, mais qu'ils sont minuscules. Bah voilà.

- Heu, y'en a qui en ont des visibles, mais je dirais pas qui, dit une dame dans la foule. »

Tout le monde se mit à s'esclaffer. Jannot fit un mouvement avec ses mains et ses bras pour calmer la foule, tout en souriant.


« Bon, je continue, reprit-il. Lorsque que tout fut en place pour que les poilus deviennent jardiniers, ben v'là t'y pas d'autres voyageurs de l'espace. Puis pas les mêmes. Cette fois ils voyageaient dans des engins différents, non vivants. Ces êtres étudièrent la Terre de manière quelque peu intrusive. Ils prélevèrent un point trop, et s'amusèrent à mélanger les espèces entre-elles. Oh bah la Terre elle a râlé. Le Soleil ni une, ni deux, il met de la lumière sur cette situation, et pam ! »

La foule réagit avec un rire bien sonore.


Jannot continua : « Les voyageurs ne comprirent pas ce coup de chaud, mais poursuivirent. Pendant ce temps les poilus à deux pattes continuaient à développer tout un tas de pratiques, ils devenaient humains. Nos zigotos de l'espace se mirent à en capturer et à se mélanger avec ces poilus. Ils les enfermèrent pour les observer. Certains des voyageurs n'étaient pas en accord avec ces pratiques. Communiquant avec le Soleil ils s'allièrent à lui pour libérer les êtres hybridés des cages.

Avec le soleil, oh ben ça a pas mis beaucoup de temps. Envolé la tyrannie. Pfuit !

Tous les zigotos se sont carrés. Et la Terre elle est devenue peinarde.

Attendez, la boule dit que certains restèrent sur Terre et, hou, tapis dans l'ombre, pensèrent à leur vengeance. Ils firent un pacte entre eux, et d'autres types louches. La boule veut pas dire qui.

Tout ça pour reconquérir la Terre qui à leurs yeux leur appartient croyant l'avoir découverte. Toujours les mêmes histoires quoi.

Vous imaginez bien qu'ils ne veulent pas qu'on se souviennent de ça, les coquins, enfin vilains. Il veulent nous faire oublier, nous les petits gens, et vous les humains que nous sommes les gardiens de cette planète. La vérité sortira tôt ou tard. Les origines refont toujours surface. C'est Jannot qui vous le dit. L'ombre elle peut tromper, c'est sûr. M'enfin sous la lumière personne ne peut se cacher ou mentir.

La boule ajoute, Luce pour ta question, vous êtes des descendants des premiers voyageurs et des êtres poilus, et des seconds voyageurs. Voilà.

Et nous, nous sommes les descendants des poussières du centre du soleil. Nous pouvons apparaître dans votre monde, ou en disparaître. Nous pouvons nous cacher ou nous transformer.

Voilà notre histoire, et votre histoire.»

Ainsi avait été raconté l'histoire de la Terre.



Chapitre 5



Renan et Luce ne surent pas trop quoi penser. Cette histoire était vraiment nouvelle pour eux.


Un des enfants des petits gens demanda à Jannot : « Est-ce que tous les êtres dans des vaisseaux non-vivant sont des êtres méchants ?

- Attends, la boule dit que tous les êtres venant dans des coquilles non-vivantes ne veulent pas nous capturer et se servir de nous, non. Heureusement ! Aucun groupe n'a une volonté unique, elle rajoute. C'est cela qui fait la richesse de la vie. Le bazar. Héhé ! C'est beau le bazar, non ?

- Oui, répondit Choupinette spontanément. »

Tout le monde sourit à son « oui » exprimé dans toute son authenticité.


Jannot reprit : « La boule rajoute que cela vaut également pour les êtres du Soleil. Il y a des êtres qui cherchent à évoluer et d'autres à contrôler, allant dans le mauvais sens et pouvant chuter.

L'ombre copie et leurre. Les êtres du soleil ont été copiés, malheureusement. C'est la raison pour laquelle certains petits gens ne sont pas fréquentables. Ils ne viennent pas du soleil, mais de groupes douteux quoi. Ceci vaut aussi pour les humains et toutes les autres races du cosmos et de l'univers. Il faut toujours se demander qui est en face de nous les enfants, toujours... »


Les enfants du village demandèrent à Jannot s'il existait des espèces sur Terre à d'autres endroits. Jannot leur expliqua que dans le cosmos la vie se trouvait partout, même dans les zones qui paraissaient les plus vides. La vie est comme les sons, elle est sur chaque fréquence et dans chaque temps. Puis il déclara, le sourire aux lèvres, la classe est finie.


La foule en cercle devant le chêne fit apparaître par la pensée tables et bancs, et de la nourriture sur des nappes somptueuses. Renan et Luce stupéfaits du dressage de table peu ordinaire découvrirent la nourriture des petits gens. Après ce bon repas la sirène de Jannot se mit à sonner. Babou proposa aux enfants de les ramener chez eux.


Les enfants dirent au revoir à tout le monde. Ils étaient triste de quitter leur belle aventure. Jannot leur dit qu'ils pourraient revenir. Luce était très contente de cette invitation. Cependant les parents étaient de retour, il fallait renter.


Babou n'avait pas besoin de portail pour se téléporter, ni pour transporter Renan et Luce dans leur chaumière. Ils lui tinrent les mains, et arrivèrent instantanément chez eux. Lorsqu'ils débarquèrent personne n'était. On commençait à peine à distinguer au loin des bruits de charrette. C'était leurs parents.


Avant de partir, Babou, avec un grand sourire leur dit : « Je suis très content de vous avoir rencontré. Je vous dis à bientôt les enfants. Vous connaissez le chemin maintenant. » Les enfants ravis de cette seconde invitation répondirent avec joie. Ils comptaient bien revenir écouter les histoires de Babou et de Jannot, et bien sûr manger et jouer avec eux.

Babou claqua des doigts et disparu, pour aller très certainement dans son village. Ceci étant dit, il pouvait très bien lui prendre l'envie d'aller faire un petit détour par une galaxie lointaine, et revenir seulement quelques heures après au village. Ha les petits gens !


Luce peu à peu entendit des bruits et se réveilla de sa torpeur. Elle avait fait un drôle de rêve. La porte s'ouvrit, et une grosse boule de poils toute blanche crème apparue. C'était un patou. Leurs parents en avaient besoin pour leurs bêtes, et puis les enfants aussi. Le chien sauta directement sur les genoux de Luce encore toute endormie. Elle était ravie. Renan descendit les marches. Il avait été réveillé par les bruits, toujours trop curieux de la nouvelle. Il voulait absolument savoir ce qu'était cette chose. Le patou sauta aussi sur Renan. Le père sourit.


Les parents avaient eu bien des soucis sur la route, entre la pluie battante, et le sabot cassé du cheval qui tractait leur calèche. Ils avaient du retirer l'attelage, et tirer la calèche eux-même jusqu'à une ferme, où on avait trouvé une solution en déférant le cheval au complet. La meilleure solution serait peut-être de ne jamais ferrer un cheval, allez savoir. Ils étaient arrivés tout mouillés et avec beaucoup de retard à la ferme où le petit chiot les attendait.


A la maison, les enfants voulurent appeler le chien Jannot. Les parents sourirent et proposèrent de trouver un autre nom. Alors Renan et Luce proposèrent Babou. Les parents se mirent à rire. Puis finalement après un temps d'hésitation se laissèrent tenter par ce nom.

Babou, le chien, était tout content et remuait la queue sans arrêt depuis qu'il était arrivé dans sa nouvelle maison. Son adaptation n'avait pas été longue, juste le temps de la route.


Le lendemain matin Luce et son frère allèrent à l'école. Ils traversaient comme d'habitude la suite des hameaux du village et des bois. Arrivée dans le bois Luce vit quelque chose bouger derrière un arbre. Elle scruta attentivement, puis aperçut une toute petite main. D'un seul coup tout son rêve lui revint. Et le message de la dame ailée portant la cape se transforma en réalité. Elle chuchota, pensant que c'était ridicule : « Jannot ?! » Elle recommença une autre fois tout doucement : « Jannot ?! » Son frère la dévisagea, et lui dit : « Toi aussi tu as fait ce rêve étrange ?

- Oui, » lui répondit Luce qui commençait à comprendre que toute cette histoire n'était pas seulement un rêve.


Un petit homme apparut avec une peau de bête sur le dessus et un tricot aux mailles fines au-dessous. Il les salua. Les enfants lui sourirent et partirent à sa rencontre. Jannot les accompagna tout au long des chemins de forêts menant à l'école.

Les enfants s'étaient fait des amis un peu particuliers. Il fallait qu'ils gardent le secret de cette rencontre et de ces amitiés avec le peuple des petits gens. En tout cas pour l'instant.



Fin.