Chapitre 2
Sur l'île, il existait des sortes de petits hameaux éparpillés.
Au centre de l'île se trouvait une place principale où les habitants se regroupaient pour des événements divers, comme les marchés, les fêtes, ou aux différentes phases de la lune pour des cérémonies de la plus haute importance.
Le jour où l'île mena l'enfant en son centre, fût un jour de pleine lune, qu'on voyait même au soleil, belle et bien ronde. L'enfant se rendant sur la place, sentit la chaleur du soleil sur sa peau. Il cru même apercevoir quelques paysages flous.
Enfin arrivé, il entendit des voix. Il s'approcha doucement.
Une voix dit : « Mais qui est cet enfant ? »
Les voix se mirent à bourdonner autour de lui, et à lui poser toute une foule de questions, de la plus logique à la plus farfelue.
Sa tête se mit à tourbillonner, tout tournait, et tournoyait. On aurait dit que les voix étaient aussi éblouissantes. Ce qu'il entendait l'étourdissait. Tout se mélangeait. Il entendait sans arrêt « Voix éblouissantes, voix éblouissantes, voix éblouissantes... ».
Soudain il éclata d'un fou rire, sans pouvoir s'arrêter, croyant qu'il devenait fou.
Les Ouros voyant le garçon perdre pied, comprirent qu'il fallait faire quelque chose. Leurs voix n'étaient pas habituelles pour lui, et étaient comme trop fortes. Ce n'était pas la force de leur volume, mais la force de leurs vibrations.
Ils cessèrent de poser des questions. L'enfant se calma aussitôt. Il revint peu à peu à lui.
Il leur dit, « Je vous entends mieux maintenant. Ma tête ne tourne plus. »
Un des habitants de l'île se présenta : « Nous sommes les Ouros, le peuple de l'île L'Adorée.
Nous te souhaitons la bienvenue. Nous sommes désolés pour les questions et nos voix trop perçantes. Cela fait tournoyer les têtes quand les gens ne sont pas habitués.
- Cela va beaucoup mieux, répondit l'enfant, ne vous en faîtes pas. Je suis ravi de vous rencontrer. Je me sentais un peu seul. Heureusement l’île m'a tenue compagnie.
- Ha oui, tu as fait la connaissance de notre île. Elle est magique, tu sais.
- Magique ?
- Oui, oui, dit-il en rigolant. »
Le garçon leur expliqua comment il était arrivé ici. Il leur raconta comment l'île l'avait aidée.
Un des habitants de l'île s'approcha du garçon. C'était le « raconteur-d'âme » , comme on l'appelait ici. Il avait accès à une grande et puissante connaissance. Avec douceur, il prononça les paroles suivantes : « Mon garçon, sans être un Ouros, et avoir reçu nos enseignements, tu as su communiquer avec l'esprit de notre île. Tu dois avoir une grande écoute. Est-ce que tu as vu quelque chose ?
- Non, dit l'enfant, avec mes yeux, non. J'ai vu des choses floues, comme des tâches de couleurs, sans forme.
- Et avec le reste ? , demanda le raconteur-d'âme, le sourire aux lèvres.
- Oui, j'ai vu. J'ai presque tout vu. L' île m'a tout conté. J'ai adoré. J'ai vu la richesse de votre terre, et votre amour pour elle. Mes oreilles et mon cœur ont été éblouis. Il ne se sont pas fermés comme mes yeux. »
Le raconteur-d'âme se tourna vers les Ouros et chuchota. Ils l'écoutèrent l'air préoccupés. Ils lui posèrent des questions, il leur répondait toujours en chuchotant. Cela pris un certain temps. Puis à la fin de l'échange, un étrange « hum » d'acquiescement général se fît entendre.
Le garçon avait un peu d'appréhension. Puis il pensa à toutes les belles choses qu'il avait vu de ses propres oreilles. Il savait au fond de lui qu'il ne craignait rien avec eux. Il était même impatient de savoir ce qui l'attendait.
Ainsi le raconteur-d'âme se tourna vers l'enfant et lui demanda : « Te souviens-tu de ton nom ? »
L'enfant réfléchit et dit : « Hummmm... Jo..., non Da..., non Ma... Zut, je ne sais toujours pas. Et cela ne m'a pas perturbé depuis que je suis ici. Est-ce normal ?
- Oui. Tu es venu ici pour vivre avec nous. Ton âme me l'a dit. Elle souhaite que tu changes de nom.
- Ha bon ?! répondit l'enfant.
- Oui, tu as besoin de nous pour raconter au monde ce que tu vois et comment tu vois.
- Je vois avec mes yeux, non ?
- Plus maintenant, tu vois avec d'autres parties de toi-même. Tu vas devenir un raconteur-d'âme, comme moi, adulte. Pour l'instant, ne nous attardons pas sur ça, veux-tu ? »
L'enfant ne comprenait pas tout. Son âme parlait, des êtres savaient lui parler, et lui aussi saurait le faire un jour. Quelles idées étranges ! Ce peuple et ce lieu bousculait décidément tout en lui.
Il prit peur, l'île comprit cela, puis lui dit : « Courage mon enfant. Mon peuple va t'aider à voir au-delà de toi et à recouvrer la vue sur l'île. Tu es bien entouré. J'y veille. »
Ces mots l'apaisèrent. Il reprit confiance.
Le raconteur-d'âme lui expliqua : « Nous allons t'appeler l'enfant du lieu qui se dit Ahouté dans notre langue. Nous t'appelons ainsi parce qu'Amaté, la dame du lieu, qui est notre île, t'a parlé, et tu l'as entendu. »
Ahouté, à l'écoute de son nom, ressentit une joie intense. Il ne sût pourquoi. Peu importait les raisons, la gaîté raisonnait fort en lui. Il avait un nom, de nouveaux amis, plein de choses à découvrir, plein d'aventures à vivre. Hourra !
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