Chapitre 4
Ahouté apprit et il grandit. Il apprit vite et bien. Pour un garçon qui n'avait pas été préparé depuis le plus jeune âge, il avait bien rattrapé son retard.
Il savait maintenant voyager dans les mondes visibles, et invisibles. Il savait voir au-delà de lui et des apparences. Il savait traduire ce qu'il avait vu, entendu, perçu ou senti.
Il apprendrait encore beaucoup de choses dans sa vie. L'expérience lui apporterait de la maturité. Néanmoins il savait assez pour commencer son futur rôle de raconteur-d'âme. Il était prêt.
Au bout de cet enseignement se déroulait toujours la grande cérémonie des nouveaux raconteur-d'âme. Ce jour était enfin arrivé.
Ce fût le soir. Ahouté fût invité sur la place au centre de l'île, là où il avait rencontré les Ouros pour la première fois.
Durant son apprentissage il avait entièrement recouvré la vue.
Cependant ce soir-là, on lui demanda de mettre un bandeau sur ses yeux. Lorsque Aouté entendit cette demande, il sourit et comprit. Il s'exécuta. On l'emmena sur la place, dans le centre de l'île.
Ces cérémonies étaient l'occasion de réjouissantes festivités pour célébrer le passage des nouveaux raconteurs-d'âmes.
La lune était noire, on y voyait rien, seuls les étoiles et les flambeaux éclairaient la place. Sur le sol, on avait délicatement déposé les fleurs chéries de l'île. Elles laissaient un parfum suave et délicat. Une allée au centre de la place avait été dessinée à l'aide d'une autre espèce de fleurs au parfum plus fort, plus ambré, et un brin épicé. Il fallait y réveiller les sens.
Au bout de l'allée, au centre du centre, se trouvait un cercle dessiné au sol. On y avait placé des flambeaux tout autour où Ahouté se trouverait.
Quand Aouté arriva sur la place, la foule était déjà là, impatiente et bruyante, très bruyante. Elle était excitée comme jamais, parlait fort et prédisait ce qu'il allait se passer. Comme si anticiper l'évènement lui permettait de vivre encore plus fort la cérémonie.
Les habitants étaient habillés de vêtements, amples, seyants et soyeux. Les couleurs des vêtements de la foule, et les décorations finement brodées étaient un régal pour les yeux. Les coiffures tressées de cérémonie étaient toutes plus imaginatives les unes que les autres. Elles ravissaient l'âme et vivifiaient l'esprit.
On plaça Ahouté au début du chemin de fleurs.
Le tambour tambourina, fort, jusqu'à ce que la foule cessa son brouhaha. Les percussions cessèrent. Le silence se fit entendre. C'est alors que le raconteur-d'âme de tous les raconteurs-d'âme dit ; « Ouhati ! ». Ce qui signifiait : « Que la cérémonie commence ! ».
La foule, écoutant ces paroles, prit une grande inspiration et retint son souffle. La musique commença. Le tambour d'abord, les perles tintillonantes ensuite, une sifflet gazouillant, des instruments à lame vibrantes, et pour finir la flûte.
Au son de la flûte Ahouté fût appelé à avancer sur le chemin. C'était le signal pour lui. La musique le guida, comme l'île auparavant.
Il traversa paisiblement le corridor humain. Ahouté avançait, sentant sous ses pieds nus de petites fleurs toutes fines, la terre de son île, et les cailloux parfois saillants, ou parfois très doux et polis.
S'il sortait du chemin, la foule l'aidait à reprendre la bonne direction.
Arrivé au centre sur le cercle dessiné au sol, la foule cria son nom, une fois, deux fois, trois fois... Cela devint un mantra. Personne ne s'arrêta de crier son nom. La musique s'était tue. Seul le nom « Ahouté » s'entendait. Tout le monde rentra dans un état d'hypnose léger, et Ahouté en transe totale. Au bout d'un moment le tambour reprit sa marche. A ce rythme, Ahouté envoûté par la foule criant toujours, sentit le centre de sa conscience se déplacer dans son corps. C'était comme si sa conscience était une petite boule de lumière qui se déplaçait partout où elle voulait, et voyait.
Cette petite boule de lumière visita ses tissus, ses os, sa chair, son sang. Grâce à ce voyage-là, il allait apprendre ce qui agitait son âme au plus profond d'elle-même. C'était follement excitant.
Elle partit hors du corps d'Ahouté, s'éleva au-dessus de la foule, partit dans d'autres espaces, et d'autres temps. Le temps et l'espace étaient dissolus pour elle. Elle était libre !
Elle restait toujours en lien avec Ahouté et le raconteur-d'âme des raconteurs-d'âme. Celui-ci, appelé Ohohaté, qui voulait dire l'homme de ce lieu, aidait la boule de lumière. A travers un nuage de fumée de plantes, il communiquait avec la lumière d'Ahouté.
La boule se posa dans un monde étrange pour elle, un monde où tout était rond. Rond comme la lune et le soleil, se dit-elle, et comme moi en ce moment. Là, elle rencontra un être rond, avec un large sourire qui lui demanda : « Tu viens pour la clé ? »
La conscience d'Ahouté ne comprenait pas, mais Ohohaté écoutant depuis son nuage de fumée comprit, et lui confirma qu'elle était là pour la clé.
La petite boule acquiesça.
L'être rond toujours souriant lui dit « Voici la clé, ne la perds pas. Par contre, tu peux la partager sans fin. »
A ces mots, il rigola très fort d'un coup, puis s'arrêta, et se mit à parler de nouveau :
« A partir de Maintenant tu décides de Voir.
Chaque jour tu enlèves un peu de brume de tes yeux.
- Tes yeux sont ton Cœur.
- Seul ton Cœur voit véritablement.
- Ta vision n'est qu'un point parmi l'infinité de visions.
- Tes Œuvres et tes Actes sont le souffle de la Vie créatrice. Ils te sont inspirés et inspirent.
- Le cœur est au centre de toute chose.
- Tu es libre !
- Tu es les Yeux d'Or.
- « O » est ta signature ».
L'être rond s'arrêta d'énoncer la clé, regarda la petite conscience scintillante, et dit : « Retourne auprès des tiens, vis et partage ce message autant de fois qu'il te plaira. Tu es un messager de l'univers à l'âme vaillante. Tu es aimé, guidé et protégé. Ne l'oublie pas. Aller, vas ! »
La petite boule de lumière retourna dans le corps d'Ahouté.
Ahouté inspira et expira sa « clé » toute sa vie durant.
C'est ainsi que le peuple Ouros pu aller à la rencontre du monde et partager son savoir. Ahouté était leur messager. Bientôt ils ne furent plus éblouissants. Le monde pu les regarder et les écouter sans sourciller. Au contraire, la joie et l'amour se partagèrent à leurs côtés. L'île comme la terre furent entendues, choyées et protégées.
Ainsi Ajouté partagea sa clé.
Fin.
A l'homme du ciel, qui raconta l'histoire d'un aviateur, d'un petit garçon tout blond, et d'un renard. Il nous ouvrit le cœur, nous l'ouvre encore, et nous l'ouvrira toujours.
O.
Epilogue
Nous aussi nous pourrions signer nos œuvres et nos actes d'un « O » qui dit Je Vois.
Pourquoi pas ? Faisons un jeu de piste. Lorsque nous voyons, ou que nous voulons voir, signons avec le « O » du message d'Ahouté.
Merci à M. Flo Igi pour
son soutien indéfectible.
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