Bonne séance. Je ne dis pas de quoi.
100 % sans didascalie, ni indication, débrouillez-vous. :-p
Pour les pauses, il y a des points. Si vous trouvez ça offensant, allez au musée d'Orsay blâmer ceux qui faisaient leur toile entièrement avec des points. Des points, des p'tis points, toujours des p'tits points... Hé hé !
(Modifications possible au cours des prochains jours. Texte en mutation sous vos yeux ébahis. Oui ébahis... J'espère que vous avez de jolis yeux. ☺ )
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- Bonjour Paul, comment allez vous depuis la dernière fois ?
- Bonjour Christian, je vais bien depuis la dernière séance. Je crois même que certaines choses se sont améliorées.
- Ha oui à quel niveau Paul ?
- Et bien nous avons parlé avec les enfants et ma femme, et je crois que chacun a pu reprendre sa place. Je suis plutôt fier.
- C'est bien ça.
- Oui, mais ce n'est pas pour ça que je viens aujourd'hui.
- Ha !
- Je crois que je suis bizarre.
- Dîtes-m'en un peu plus...
- Vous voyez tous les gens que je fréquente, quasi tous, ont un truc, une pensée particulière pour une cause. Il y a ceux intéressés par la politique, ceux intéressés par l'environnement, ceux par tous les complots du monde, ceux qui luttent contre le fascisme, ceux qui luttent contre la désinformation, ceux qui veulent sauver les animaux... Les gens dans la misère aussi, ils luttent contre la misère.
- Qu'ont-ils en commun ?
- Je crois qu'ils sont anxieux. Ils pensent tous que d'une manière ou d'une autre la fin du monde est proche. Et moi, et bien, ce n'est pas des fois que l'idée ne m'effleure pas la tête que la fin du monde pourrait arriver, mais c'est que je m'en tamponne. Vous pouvez pas savoir à quel point. Et même pire, je ri-go-le. Vous imaginez. Tout le monde est planté sur ces deux quilles prêt à recevoir la prochaine nouvelle, le prochain évènement qui vient brusquer nos vies. Et moi, je m'en fous. Les gens sont anxieux, et moi pas. Je passe mon temps à rigoler avec deux ou trois autres hurluberlus comme moi. On rigole de tout. J'ai un peu honte. En vrai pas vraiment, je crois que c'est encore pire. J'ai même pas honte de rigoler, alors que tous les autres sont anxieux.
- Vous êtes anxieux de ne pas être anxieux ?
- C'est ça !
- Intéressant. Est-ce qu'on ne peut pas dire que ce serait un peu cocasse ? Hé hé !
- Un peu... Mais voyez, c'est comme si on prenait tout à la légère. C'est ce qui me tracasse. Il y a réellement des gens qui souffrent dans le monde, pour des raisons qui sont plus que réelles. Et nous on est là à s'amuser, même en surfant sur leurs malheurs. C'est ingrat et moche. Je devrais pouvoir souffrir avec eux et les soutenir.
- Et porter toute la misère du monde sur vos épaules. C'est pas un peu lourd tout ça ?
- Peut-être. Mais j'aurais peut-être plus de substance qu'en rigolant de tout.
- Ha, cette fameuse question de l'humour. Est-ce que l'humour est forcément léger et distant, indifférent. Ou au contraire, est-ce qu'il permet de se rapprocher plus doucement de cette douleur, avec un regard plus grand et plus amicale que celui de la souffrance seule. Je ne suis pas en train de dire qu'avoir mal n'est pas légitime, et que pleurer n'est pas bon. Ce serait un regard purement moralisateur. L'humain est multiple et exprime ces émotions sous différentes formes. Il n'y a rien de mal à cela. Cependant je vais vous poser cette question Paul, pourquoi juger votre humour, si vous accueillez votre tristesse et celle des autres avec douceur et bienveillance ?
- Vous n'aimez pas bien la morale à ce que je vois ?
- Je crois qu'on a besoin de repères et de certaines valeurs, que certains appelleraient morale. Je pense aussi que chaque chose à sa place et sa fonction. Si c'est là, c'est que cela a un but. Vous en pensez quoi ?
- Hum, bonne réflexion.
- Est-ce que vous aussi vous ne souffrez pas parfois ? Est-ce que vous aussi vous ne vivez pas l'expérience humaine, comme d'autres la vive avec des situations que vous jugez plus difficiles ?
- Mais c'est littéralement plus difficile. certains n'ont pas à manger, d'autres sont sous la menace de bombes, d'hommes violents, de régimes autoritaires, de sanctions, de tortures...
- Et de femmes violentes...
- Oui... il n'y a pas de frontières de genre pour la violence. Mais vous voyez toute cette misère.
- Est-ce que la violence physique est plus forte que la violence psychologique ? Ou est-ce qu'elle se valent ? Je serais curieux d'aller voir une personne qui a connu les camps de concentration et de l'emmener dans certaines vies actuelles pour avoir son opinion sur ce degré de souffrance. Comparer dans un pays en paix la pression psychologique que la société et les groupes peuvent exercer sur l'individu, et sur certains types d'individus qui ne rentrent pas dans le rang. Mon exemple du réfugié de camp Nazi est un peu extrême, mais il permet de réfléchir avec de beaux contrastes. Enfin... qu'en pensez-vous ?
- Je vais vous renvoyer une question alors. Est-ce que vous n'êtes pas un peu trop sage ?
- Bravo Paul. Je note. Hé hé. Hum, votre question révèle votre humour.
- Surement. Hé hé. C'est trop de questions tout ça pour une seule personne. Finalement on s'attache toujours, soit à une cause, soit à des raisonnements. C'est ce qui ne me convient plus. L'humour me permet justement de ne plus m'accrocher à quoi que ce soit. Non pas que je vive hors sol. J'ai juste besoin de me reconnaître aussi. Je ne veux plus de ces peurs toutes prémâchées, ces causes toutes plus ordonnées les unes que les autres. Beurk. Ça me dégoute. Les gens qui y participent et qui s'y investissent me fatiguent. J'ai envie de légèreté et de sentir la vie, là maintenant à chaque instant. Je suis allé voir un prêtre un jour. Je lui ai parlé de la fin du monde. Vous savez ce qu'il m'a répondu ?
- Non ?
- "Ça fait depuis quarante ou cinquante ans qu'on nous prédit la fin du monde. Est-ce qu'elle est là ? Non." Son idée c'était de dire qu'on pouvait continuer à vivre. C'est vrai qu'elle soit là où pas, on s'en fiche un peu. On vit. C'est un peu comme la mort finalement. On vit sans savoir quand ça s'arrête. On fait comme si on avait la vie devant soi, tout en sachant que cela peut s'arrêter aussitôt à tout instant.
- Attention Paul, c'est vous qui devenez trop sage. Hé hé.
- Oui, Hé hé. Ça me rappelle une blague.
- Celle du fou qui repeint son mur ?
- Heu, non... C'est celle de deux bucherons qui se rencontrent, y'en a un qui coupe un arbre, et l'autre lui dit, tu aurais pu le couper plus court. Le second répond, pourquoi, et l'autre lui répond pour aller plus vite. L'autre répond plus vite comment ? Plus vite dans la vie."
- Ha. Mais dîtes-moi où est la chute ?
- Et bien, il n'y en a pas. A part l'arbre. C'est ça qui est drôle.
- Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Rappelez-moi votre profession ? Ne me dîtes pas humoriste. Hé hé.
- Je suis comptable.
- Ha oui. Vaut mieux être sérieux pour les chiffres. mais si vous savez rigoler avec les blagues des autres, et bien n'hésitez pas. Le rire est contagieux. Bon la création de blagues moins.
- Vous êtes sarcastique.
- Je vous mets sur le droit chemin. Hé hé. Je rigole avec vous, Paul. Ne m'écoutez pas, si vous souhaitez progresser pour la création de blague n'écouter personne qui vous arrêtera, encore moins moi. Et puis c'est peut-être pas votre jour pour créer, allez savoir.
- Oui, surement. Merci pour la séance. Je vais méditer sur notre conversation.
- Je vous en prie, Paul. Prenez soin de vous.
- Merci, et vous aussi.
- Merci.
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