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La plage interdite

Son cuir est doux.

Son port est élancé.

Il cligne de l’œil.

Se lèche la patte.

Des étincelles sortent de sa langue.

Ses gestes sont ordinaires, à l'équilibre.


Ses naseaux crachent ce qu'il y a à l'intérieur.

Du feu, du feu, du feu !

Mais point trop, juste ce qu'il en faut.

Ses écailles brillantes le grattent parfois.

La dernière pluie a laissé quelques débris.

Un bain dans un lac lui ferait le plus grand bien.


Il déploie ses longues ailes.

Se positionne tout en tension sur ses pattes.

Et pousse avec une force ahurissante.

Il décolle.

Il voit le sol tout près, puis plus loin, puis le voit défiler.


Il bouge légèrement ses articulations du dos.

La sieste les a engourdie.

Rien de mieux que le vol pour les étirer.

Certaines de ses vieilles écailles sautent au passage.

Il cherche l'eau, ne voit que de la terre ou des végétaux.

Ha ! Il l'aperçoit, majestueux, jailli de la terre.


Il paraît grand et vaste, ce lac.

Le vent lui glisse sur tout le corps.

Il plonge tête baissée dans le plan d'eau.

C'est l'eau qui glisse maintenant sur tout son long.

Ha ! De la fraîcheur après l'ardeur.


Il se trémousse et se dandine dans l'eau.

Les débris sur son corps partent les uns après les autres.

Il se fait caresser par des algues et des poissons qui passent.

Tout doux, tout doux.

Il se délecte et se prélasse dans cette eau.


La plage du lac est large, il s'y dirige.

C'est là qu'il le voit.

Il est petit, agile, et rapide.

Personne n'ose ne l'approcher.

Ce fameux écureuil du lac.


L'écureuil voit les naseaux du dragon.

Puis sa tête entière, son corps, ses pattes, et enfin ses ailes élégantes.

Il est sur la plage.

Il le scrute un moment, voit qu'il se dirige vers lui.

Il se positionne, prêt à l'action, debout.

Sa patte arrière droite est posée en avant, celle de gauche en appuie reste immobile

Ses pattes avant son positionnées de la même manière dans les airs.

Il peut dégainer à tout moment et crier : "banzaï !"


Le dragon délacé de sa baignade voit la scène.

Il rit intérieurement.

Il s'approche du petit être, et rit toujours en son fort intérieur.

Ni une, ni deux, l'écureuil lui saute à la tête,

lui lance un cri strident dans les écoutilles qui le paralyse.

Il ne rit plus.

Le petit animal à la queue hirsute se met à pousser des cris.

Il ne cesse de lui crier dessus tout en tapant sur sa tête avec les pattes arrières.


Le dragon est décontenancé. Il veut partir. Il a compris.

Son corps paralysé ne peut pas partir, et le petit continue sa démonstration de force.

Il n'y a qu'une chose à faire, attendre que cela se passe.

L'écureuil content de son exploit se calme, et repart l'esprit serein.


Le dragon est toujours paralysé.

Il s'endort sur la plage. Il pleut.

De la terre et des débris de feuilles mortes et brindilles lui tombent sur les écailles.

Il dort profondément.

Au réveil, il voit qu'il a plu. Il se replonge dans l'eau une dernière fois.

Il scrute la plage, la mémorise.

Il ne reviendra pas.