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Le repos du guerrier

Sa cape était large et lourde, elle était pleine de pluie.

Il marchait depuis des jours.

Il avait du fuir seul. Les autres étaient tombés.

Ses cheveux remplis de poussière et de sang trahissaient son aventure.

Pour avancer parfois il fallait tuer.

Il avait donc tranché, éventré, poignardé pour avancer.

Son cœur devenait lourd à force de ces batailles.

A chacune d'entre elles il ne se reconnaissait plus.

Mais l'ennemi ne voulait pas de son répit.


Son corps après tout ce vacarme avait faim, mais faim.

Il criait, et hurlait, cherchant de l'énergie, du calme et ... de la tendresse pourquoi pas ?!

La lueur d'une auberge au loin l'attira, il y marcha déterminé.

Entra, s'assit enfin, et se restaura.

Il but, mangea, dormit et dormit d'un sommeil lourd et profond.

Le guerrier se reposa.


Après avoir recouvrer ses forces au bout de quelques jours, il sortit de sa torpeur.

Il rencontra des gens dans cette auberge, des hommes, des femmes.

Certaines femmes lui donnèrent de cette tendresse dont il avait besoin.

Elles lui faisaient détendre son corps, et son esprit aussi.

Lui parlaient de leur vie, d'amour parfois.

Il les écoutait, les regardait, leur faisait l'amour.

Elles se sentaient bien avec lui, et rentraient dans sa vie comme lui en elles.

Puis petit à petit, avides de lui, elles prenaient beaucoup, beaucoup.

De son temps, de son énergie. Il donnait et donnait, puis s'épuisait.

Il découvrait une autre bataille. Redoutait la bataille de sang, puis finissait par redouter celle de l'esprit.


Il découvrait qu'il devait ressortir son épée pour couper les langues acerbes,

les mains qui tourmentes et dirigent les corps et les forces.

Il était fatigué. Ses épées de métal et d'esprit, il ne voulait plus les affûter.

Il sentait qu'il devait sortir de cette confusion touffue tout de même.

Son esprit lui susurrait à l'oreille : "Coupe ! Coupe ! Coupe !"

Cette fois point de bras, de jambes ou de tête coupés,

Seulement ces serpents d'un autre monde qu'il fallait trancher, puis finir par chevaucher ceux qui pourraient lui donner de l'allant.


Alors jour après jour, il affûta, et affûta son esprit.

Son esprit discerna et vit ! Enfin !

Ce fût le début. Il se redressa et vainquit les invisibles mais puissants dragons.

Il les occit hors de lui et aussi au dedans.

Le dedans reprit forme, ce qui était sec s'hydrata et se rempluma, ce qui était gorgé se dégonfla.

Les mots longtemps enfermés dans des parties de son corps sortaient dans un flux continu.

Il parla, non pour détruire, mais pour couper le laid qui ne lui servait plus.

Il était renouvelé. Il se mettait à rêver et se réenchantait.


Il trouva une maison pour s'y installer.

Il la restaura, la décora.

Son cœur toujours en bataille auparavant, comme son corps, se posa.

Il ne rencontra guère l'ennemi qui craignait son œil. Il l'entendit seulement hurler au loin comme un vieux loup fatigué.

De temps en temps il affûtait ses épées pour ne pas oublier.

Il survolait son monde sur les dragons invisibles, puis le nettoyait de son regard, comme on purge un vieux canal encombré.

Il veillait à sa paix. Les femmes qui manigançaient s'enfuyaient en voyant son regard.

Celles qui cherchaient la paix comme lui venaient faire une danse, parfois pour une nuit, ou parfois pour la vie.


Ainsi le repos du guerrier se dessina jusqu'à son dernier souffle.


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Je n'ai pas parlé de la puissance de la femme qui a tant fait peur à l'homme et l'a entrainé dans une tentative de contrôle sur elle.

Car cela est une autre histoire, même si elle est fortement liée à ce qui est écrit au dessus.