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Chapitre 2— La maison qui respirait encore

Ce qui insiste


Au matin, Élise eut l’impression de s’être réveillée dans une maison légèrement différente.

Rien n’avait bougé.

Et pourtant, tout semblait déplacé.

La lumière entrait par les fenêtres avec une prudence inhabituelle, comme si elle craignait de déranger. L’air était plus froid, chargé d’une odeur ancienne — poussière humide, bois fermé trop longtemps, quelque chose d’indéfinissable qui rappelait la peur retenue.

Élise resta assise sur le bord du lit un long moment.

La nuit revenait par fragments : la chaise, le cadre, ce silence qui respirait.

Elle descendit lentement l’escalier. Chaque marche grinçait sous son poids, mais le bruit semblait étouffé, absorbé par la maison elle-même. Dans le salon, tout était parfaitement à sa place. Trop parfaitement.

La chaise était droite.

Les cadres alignés.

Aucune trace de chute.

Élise sentit un frisson lui parcourir la nuque.

Elle passa la main sur la table basse. Une fine couche de poussière s’y déposait déjà, sauf à un endroit précis, comme si quelqu’un — ou quelque chose — y avait posé la paume récemment.

— Ce n’est pas possible…, murmura-t-elle.

Elle voulut se convaincre qu’elle avait rêvé. Le corps fatigué, l’esprit trop plein. Mais au moment où elle se redressa, un léger tapotement résonna dans la pièce.

Un son sec. Régulier.

Tap. Tap. Tap.

Il venait du mur, derrière la bibliothèque.

Élise s’en approcha. Le tapotement s’arrêta aussitôt. Elle posa la main contre le mur. Le froid la surprit. Un froid profond, qui ne venait pas de l’air, mais de l’intérieur.

— Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-elle, presque malgré elle.

La maison répondit par un long gémissement sourd. Les murs vibrèrent à peine, comme un corps traversé par une émotion trop forte pour être dite.

Élise comprit alors quelque chose d’essentiel.

Ce n’était pas une présence qui cherchait à effrayer.

C’était une présence qui insistait.

Quelque chose voulait être reconnu.

Quelque chose refusait de se taire plus longtemps.

Et sans savoir pourquoi, Élise sentit que cette maison n’agirait jamais tant qu’elle resterait indifférente.

La colère, ici, n’était pas explosive.

Elle était patiente.


À suivre...


Élisabeth de Cordoba