La maison ne fit plus aucun bruit pendant deux jours.
Ce fut presque plus inquiétant que le reste.
Élise s’y déplaçait avec prudence, comme si chaque geste pouvait rompre un équilibre fragile. Elle ouvrait les portes lentement, posait les objets avec soin, évitait de déplacer ce qui semblait avoir trouvé sa place depuis longtemps.
La nuit, elle dormait mal.
Pas à cause des cauchemars — il n’y en avait pas — mais à cause de cette sensation persistante d’être observée sans regard. Comme si la maison savait quand elle était éveillée. Comme si elle attendait.
Le troisième soir, Élise décida de parler.
Elle ne savait pas à qui.
Ni pourquoi.
Elle s’installa dans le salon, là où la chaise était tombée la première nuit. La lumière de la lampe dessinait des ombres épaisses sur les murs. Le silence était présent, mais tendu, chargé d’une attente presque douloureuse.
— Je suis là, dit-elle simplement.
Rien ne se produisit.
Alors elle continua, la voix basse.
— Je ne suis pas venue pour prendre quoi que ce soit. Je voulais juste… me poser. Respirer.
Le plancher grinça doucement, comme un soupir mal contenu.
Élise ferma les yeux. Une image traversa son esprit, fugace : une porte claquée trop fort. Des mots jamais dits. Une colère restée coincée quelque part, sans sortie.
Elle rouvrit les yeux, le cœur serré.
— Tu n’as jamais pu dire ce qui te faisait mal, murmura-t-elle.
Le mur derrière la bibliothèque vibra légèrement. Pas un choc. Pas un bruit. Juste une pression sourde, comme un battement retenu.
Élise se leva et posa la main contre le mur froid.
Cette fois, le froid ne la fit pas reculer.
Elle resta là, immobile, à respirer lentement. Et dans ce silence partagé, elle comprit que la maison ne voulait pas qu’on la libère.
Elle voulait qu’on l’écoute.
La colère qu’elle abritait n’était pas violente.
Elle était ancienne.
Et profondément seule.
Élise sentit alors quelque chose changer.
Pas la maison.
Elle.
Pour la première fois depuis longtemps, elle n’avait plus envie de fuir.
Et la maison, comme si elle l’avait compris, relâcha imperceptiblement sa tension.
Juste assez pour laisser passer l’air.
À suivre...
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— Élisabeth De Cordoba, autrice indépendante.