La première chose qu’Élise remarqua, ce fut le changement dans l’air.
Il n’était pas plus chaud.
Pas plus léger non plus.
Mais il circulait autrement.
Comme si quelque chose, dans la maison, avait cessé de se contracter.
Elle se réveilla avant l’aube, allongée sur le dos, les yeux ouverts. Le plafond lui parut moins lourd que les nuits précédentes. Le silence était toujours là, mais il ne pesait plus. Il observait, attentif, presque curieux.
Élise se leva sans hâte.
Elle ne craignait plus de faire du bruit.
Dans la cuisine, la cafetière reposait exactement là où elle l’avait laissée la veille. Pourtant, une tasse était posée sur la table. Elle en était certaine : elle ne l’avait pas sortie.
La tasse était ancienne, ébréchée sur le bord. Pas à elle.
Élise la prit entre ses mains. Elle était froide. Mais lorsqu’elle la reposa, un léger cliquetis résonna dans la pièce, comme une réponse.
— Tu veux que je regarde, murmura-t-elle.
La maison ne répondit pas immédiatement.
Puis, très lentement, un courant d’air glissa le long du mur, jusqu’au fond du couloir. La porte qui menait à l’ancienne pièce de rangement vibra à peine. Assez pour être remarquée. Pas assez pour être forcée.
Élise resta immobile.
Elle comprit que la maison ne la guidait pas.
Elle l’invitait.
La pièce était étroite, sans fenêtre. Des étagères vides tapissaient les murs. Au fond, une armoire basse, fermée, semblait plus ancienne que le reste. Le bois était sombre, marqué par le temps et l’humidité.
Élise posa la main sur la poignée.
Un souvenir la traversa — pas le sien.
Une voix étouffée.
Un refus.
Une porte qu’on ferme trop vite.
Elle retira sa main, le souffle court.
— D’accord, dit-elle à voix basse. Pas tout de suite.
La pression dans l’air se relâcha légèrement, comme si la maison acceptait ce délai. Comme si elle savait que certaines choses ne peuvent être dites qu’au rythme de celui qui écoute.
Élise s’assit par terre, dos contre le mur.
Pour la première fois, elle ne se sentait pas observée.
Elle se sentait accompagnée.
La maison n’exigeait rien.
Elle attendait que quelqu’un, enfin, accepte de porter sa voix sans la transformer.
Et Élise comprit que ce qui était enfermé là n’était pas un secret au sens habituel.
C’était une parole interrompue.
Une colère privée de langage.
Et si elle restait assez longtemps, si elle continuait d’écouter sans chercher à réparer, la maison finirait par parler.
Pas avec des mots.
Mais avec la vérité qu’elle avait retenue trop longtemps.
À suivre...
Vos impressions sont précieuses…
— Élisabeth De Cordoba, autrice indépendante.