La maison ne parla jamais.
Pas comme Élise l’avait imaginé.
Il n’y eut ni fracas, ni révélation soudaine, ni vérité exposée d’un seul bloc. Aucun mot ne s’imposa. Aucun souvenir ne se projeta clairement.
Mais quelque chose changea.
Un matin, Élise remarqua que le couloir semblait plus long. Ou peut-être plus ouvert. Les murs n’avaient pas bougé, pourtant l’espace respirait différemment. Comme un corps après un sanglot retenu trop longtemps.
Elle passa devant la porte de la pièce de rangement sans s’arrêter.
Elle n’en avait plus besoin.
La maison n’insistait plus.
La tasse ébréchée resta sur la table plusieurs jours. Élise ne l’utilisa jamais. Elle la laissait là, simple présence silencieuse, témoin discret de ce qui avait été reconnu sans être nommé.
Les nuits devinrent paisibles.
Pas vides.
Paisibles.
Le silence ne surveillait plus. Il reposait.
Un soir, alors qu’Élise s’apprêtait à éteindre la lampe du salon, elle sentit quelque chose se déposer en elle. Pas une image. Pas une émotion précise. Plutôt une certitude douce et grave à la fois.
La maison n’était plus en colère.
Elle avait cessé de lutter pour être entendue.
Ce qu’elle retenait depuis si longtemps n’avait pas besoin d’être raconté. Il avait seulement besoin d’un espace où exister sans être nié.
Élise comprit alors que certaines colères ne demandent pas réparation.
Elles demandent présence.
Elle posa la main contre le mur, une dernière fois.
Il était froid.
Mais vivant.
Le lendemain, lorsqu’Élise quitta la maison, elle ne se retourna pas.
Et pour la première fois depuis des années, elle n’emportait rien avec elle.
Ni fuite.
Ni peur.
Seulement cette chose rare et fragile :
la sensation d’avoir été, enfin, à l’écoute.
La maison demeura immobile.
Respirant.
En paix.
Fin
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— Élisabeth De Cordoba, autrice indépendante.
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