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La dernière étoile filante de l'année

Il faisait un froid à fendre les pierres, ce soir-là, le dernier de l'année. La neige tombait sans bruit sur le petit pont de bois, à l'entrée du village, et Mira s'y était assise, les genoux ramenés contre elle, pour attendre.

Les autres enfants du village étaient déjà rentrés depuis longtemps, appelés par leurs mères pour le souper, puis bordés dans des lits chauds en attendant minuit. Mira, elle, n'avait ni mère pour l'appeler ni lit qui l'attendait — seulement la grange du fermier Aubry, tout au bout du chemin, où on la laissait dormir dans la paille par charité, sans jamais lui demander comment elle se débrouillait le reste du temps.

On disait, dans le village, que la nuit du Nouvel An, si on voyait une étoile filante avant que les cloches sonnent minuit, on avait droit à un vœu. Un seul, mais un vrai. Mira n'avait ni gants ni bottes chaudes, seulement un vieux châle troué qu'elle serrait de toutes ses forces autour de ses épaules, mais elle avait ça — le ciel, tout entier, rien qu'à elle, et la promesse d'une étoile.

La première étoila fila un peu avant que la nuit soit tout à fait noire, une traînée pâle au-dessus des toits enneigés. Mira aurait pu souhaiter une maison chaude, ou une soupe fumante, ou des souliers neufs. Mais à la place, elle pensa à sa mère, l'hiver dernier, qui lui chantait une chanson en la berçant près du poêle, avant que la maladie ne l'emporte au printemps. La chaleur de ce souvenir-là lui monta dans la poitrine, aussi réelle qu'un vrai feu, et elle sourit malgré le froid.

— Merci pour ça, murmura-t-elle à l'étoile qui s'éteignait déjà.

Une heure passa, peut-être deux. Le vent se leva, mordant les joues de Mira, mais elle ne bougea pas du pont. Une deuxième étoile traversa le ciel, plus vive que la première, laissant derrière elle une poussière d'argent.

Cette fois, Mira pensa à son père, avant qu'il ne parte chercher du travail dans une ville lointaine et qu'on n'ait plus jamais de nouvelles. Elle se souvint de ses mains larges, calleuses, qui la soulevaient si haut qu'elle touchait presque le plafond en riant. Elle se souvint de son rire à lui, un rire qui remplissait toute la maison. Le souvenir était si fort qu'elle crut, un instant, sentir ses bras autour d'elle, la protégeant du vent.

— Merci, dit-elle encore, à cette deuxième étoile, plus doucement que la première fois.

La neige s'épaississait maintenant, et les mains de Mira étaient si froides qu'elle ne les sentait presque plus. Dans le village, au loin, elle entendait les gens rire et trinquer derrière leurs fenêtres allumées, préparant déjà les douze coups de minuit. Personne ne savait qu'elle était là, sur le pont, seule avec le ciel.

Une troisième étoile fila, la plus brillante de toutes, si lumineuse qu'elle éclaira un instant toute la neige autour du pont d'une lueur bleutée.

Mira aurait pu, cette fois, souhaiter quelque chose pour elle-même — un lit chaud, un morceau de pain, n'importe quoi qui aurait pu la sauver de cette nuit glaciale. Mais elle pensa plutôt à la vieille boulangère du village, qui lui donnait toujours, en cachette, le pain de la veille sans jamais rien demander en retour. Elle pensa au chat orange qui venait parfois dormir contre elle, dans la grange où elle passait ses nuits. Elle pensa à toutes les petites bontés qu'elle avait reçues, malgré tout, malgré le froid, malgré la solitude.

— Merci pour tout ça, souffla-t-elle, si bas que même elle entendit à peine ses propres mots.

Ses paupières devenaient lourdes. Le froid, maintenant, ne piquait plus — il berçait, doux comme une chanson. Mira ferma les yeux un instant, juste un instant, pensant à sa mère, à son père, au chat orange et à la boulangère, tout ce monde de tendresse qu'elle portait en elle comme un feu secret.

C'est à ce moment précis que la boulangère, justement, sortit vider un seau de cendres derrière sa boutique, et qu'elle vit, tout au bout de la rue, une petite lueur étrange sur le pont — comme si une étoile s'était posée là, dans la neige, plutôt que de filer dans le ciel.

Intriguée, elle s'approcha en resserrant son manteau, et découvrit Mira, recroquevillée, à peine consciente, un sourire paisible aux lèvres malgré le froid mordant.

— Mon Dieu, petite, dit-elle en la soulevant aussitôt dans ses bras robustes. Qu'est-ce que tu fais ici, toute seule, par une nuit pareille ?

Elle la ramena en courant jusqu'à sa boutique, où le four crépitait encore de sa dernière fournée, et l'installa tout près, l'enveloppant de couvertures et de pain chaud, jusqu'à ce que la couleur revienne lentement à ses joues.

Cette nuit-là, pendant que les douze coups de minuit résonnaient dans tout le village, Mira ouvrit enfin les yeux, réchauffée, en sécurité, et vit le visage inquiet mais souriant de la boulangère penché au-dessus d'elle.

— J'ai fait un vœu, dit Mira faiblement, avec un sourire fatigué. Je crois qu'il vient de se réaliser.

La boulangère ne comprit pas tout à fait ce qu'elle voulait dire, mais elle la garda près d'elle cette nuit-là, et toutes les nuits qui suivirent, comme si le ciel lui-même avait décidé, ce soir de Nouvel An, qu'une petite fille pleine de gratitude méritait, enfin, un peu de chaleur rien que pour elle.

Et dehors, au-dessus du village endormi, une dernière étoile brilla un instant avant de s'éteindre doucement — non pas en filant à travers le ciel, mais en restant là, immobile, comme pour veiller sur la petite fille qui avait fait, cette nuit-là, le plus généreux des vœux.


Élisabeth de Cordoba ThelibrisWorld.