« Je ne suis pas perdu.
Je suis juste ailleurs. »
Le crayon était tombé sous le bureau sans faire de bruit. Il avait roulé un peu, puis s’était arrêté là, entre une poussière ancienne et un trombone oublié. Personne ne l’avait vu tomber. Personne ne l’avait cherché tout de suite non plus.
« On croit toujours que je sers à écrire, » pensa-t-il.
« Mais parfois, je sers à faire une pause. »
Allongé sur le sol, il se souvenait des mots tracés le matin même. Des phrases hésitantes. Des ratures. Des silences aussi, quand la main restait suspendue au-dessus de la page.
« Je connais ces moments-là, » se dit-il.
« Quand on ne sait plus quoi écrire. Quand on a besoin de laisser tomber quelque chose. »
La journée passa.
Des pas.
Une chaise qu’on déplace.
Un soupir.
Personne ne se baissa.
Le soir, enfin, une main le ramassa.
« Te voilà, » dit la voix.
Le crayon sourit intérieurement.
« Je n’étais pas perdu, » aurait-il voulu répondre.
« J’attendais que tu sois prêt à recommencer. »
Élis.