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Le silence après avoir publié


Il y a un moment dont on parle peu.

Un moment qui arrive juste après.

Après les heures d’écriture, les corrections, les doutes, les reprises…

Après ce point final qu’on pose avec un mélange de soulagement et de fatigue.

Ce moment, c’est le silence.

Un silence étrange.

Presque déroutant.

Comme si tout ce qui faisait du bruit à l’intérieur s’était soudainement arrêté.

Pendant des jours, parfois des semaines, on vit avec une histoire.

Elle nous habite, elle nous suit, elle nous réveille même la nuit.

On y pense en marchant, en mangeant, en regardant ailleurs.

Puis un jour… on la laisse partir.

On publie.

On ferme le fichier.

On respire.

Et là, il ne reste plus rien.

Ou presque.

Juste ce calme un peu vide.

Ce flottement.

On se demande parfois :

Et maintenant ?

Ce silence peut faire peur.

Parce qu’il nous renvoie à nous-mêmes, sans le refuge de l’histoire.

Mais il est aussi nécessaire.

C’est un espace.

Un passage.

Un moment où quelque chose se dépose en nous sans faire de bruit.

Où les mots cessent d’être écrits pour commencer à exister ailleurs.

Peut-être dans les mains de quelqu’un.

Peut-être dans un regard inconnu.

Peut-être nulle part encore.

Et c’est très bien ainsi.

Parce qu’écrire, au fond, ce n’est pas seulement produire.

C’est aussi accepter de laisser partir.

Accepter que ce que l’on a porté ne nous appartienne plus tout à fait.

Alors ce silence…

Je l’accueille.

Pas comme un vide,

mais comme une respiration.

Une pause avant la prochaine histoire.

— Élisabeth de Cordoba

Autrice francophone. Retrouvez mes textes sur TheLibrisWorld : https://thelibrisworld.com