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LÉGENDE — La Diablesse

Dans les campagnes de la Guadeloupe, là où les routes deviennent étroites et où les arbres se penchent comme pour écouter, il existe une histoire que les anciens racontent encore à voix basse.

Une histoire que l’on ne dit pas en riant.

Une histoire que l’on transmet.

On parle d’une femme.

Belle.

Toujours élégante.

On dit qu’elle apparaît le soir, quand la nuit commence à tomber et que les hommes rentrent seuls, parfois après avoir bu, parfois après avoir trop parlé.

Elle est là, sur le bord du chemin.

Parfaite.

Sa robe est longue, souvent blanche ou colorée comme les tissus d’autrefois. Son visage est doux, son sourire tranquille. Elle parle avec une voix calme, posée, presque rassurante.

Rien ne semble étrange.

Rien… au début.

Elle marche lentement.

Et celui qui la rencontre ne voit qu’elle.

Il oublie la route.

Il oublie l’heure.

Il oublie même où il allait.

Elle lui propose de marcher avec elle.

Et il accepte.

Parce qu’il n’y a aucune raison de refuser.

Ils avancent ensemble, dans les sentiers, dans les bois, là où la lumière disparaît peu à peu.

Mais il y a toujours un moment.

Un moment où quelque chose ne va plus.

Certains disent qu’ils ont entendu un bruit étrange.

D’autres qu’ils ont senti un froid soudain.

D’autres encore qu’ils ont simplement regardé… un peu trop bas.

Et c’est là qu’ils ont vu.

Son pied.

Un pied qui n’était pas humain.

Un pied de sabot.

À cet instant, tout bascule.

Ce n’est plus une femme.

C’est la Diablesse.

Ceux qui comprennent trop tard tentent de fuir.

Mais le chemin n’est plus le même.

La forêt semble se refermer.

Les repères disparaissent.

On dit que certains ne sont jamais revenus.

Et ceux qui reviennent…

ne parlent pas beaucoup.

Dans les villages, on dit aux jeunes hommes :

— Si tu rencontres une femme seule la nuit… regarde ses pieds.

Et surtout :

— Ne la suis pas.

Parce que la Diablesse ne force personne.

Elle attire.

Elle attend.

Et elle sait que certains ne résistent pas.

Encore aujourd’hui, dans certaines zones reculées, quand le vent tombe et que la nuit devient trop calme, il y a des regards qui évitent les chemins.

Des pas qui accélèrent.

Et des silences… qui en disent long.

Parce que certaines histoires ne disparaissent pas.

Elles restent.

Elles veillent.

Et elles attendent.


Cette légende fait partie de ces récits que l’on transmet, que l’on écoute… et que l’on n’oublie jamais vraiment.

Merci d’avoir pris le temps de la lire.


Élisabeth De Cordoba

Autrice indépendante

© Tous droits réservés.

Ce texte est une création originale inspirée des traditions orales. Toute reproduction, diffusion ou utilisation, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.


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