Sur ce blog, je parle souvent d’écriture, de mémoire, de transmission.
Mais avant les mots, il y a eu autre chose : le silence.
Les silences qui m’ont appris à écrire
Je n’ai pas appris à écrire en parlant.
J’ai appris en me taisant.
Il y a eu des silences avant les phrases.
Des silences lourds, patients, habités.
Pas ceux qui mettent mal à l’aise.
Ceux qui disent : ce n’est pas encore le moment.
Dans ma vie, beaucoup de choses ne se sont pas expliquées.
Elles se sont posées là, entre deux gestes, entre deux regards.
On ne m’a pas toujours raconté les histoires.
On m’a laissé les sentir.
J’ai grandi avec cette idée étrange :
tout ne se dit pas,
tout ne se partage pas,
et pourtant tout existe.
Les silences n’étaient pas des absences.
Ils étaient une forme de protection.
Une manière de transmettre sans abîmer.
Une façon de dire je te fais confiance pour comprendre plus tard.
Je crois que c’est là que l’écriture a commencé.
Pas dans le besoin de raconter,
mais dans l’attention.
Écouter ce qui n’est pas formulé.
Observer ce qui se répète sans se dire.
Reconnaître le poids d’un mot qu’on évite.
Longtemps, je n’ai pas écrit.
J’ai regardé.
J’ai entendu des phrases incomplètes.
J’ai appris à reconnaître les silences selon leur texture :
ceux qui rassurent,
ceux qui inquiètent,
ceux qui protègent,
et ceux qui blessent.
Quand j’ai commencé à écrire,
je n’ai pas cherché à expliquer ces silences.
J’ai essayé de leur laisser de la place.
Écrire, pour moi, ce n’est pas remplir.
C’est respecter les vides.
C’est accepter que le lecteur comprenne autrement que par les mots.
C’est faire confiance à ce qui se devine.
Je crois profondément que certaines vérités ne supportent pas d’être dites trop clairement.
Elles ont besoin d’ombre.
De retenue.
De lenteur.
Les silences m’ont appris à ne pas écrire pour convaincre.
Mais pour accompagner.
À ne pas tout montrer.
À ne pas tout résoudre.
À laisser une phrase s’arrêter avant d’expliquer.
Aujourd’hui encore, quand j’écris,
je me demande moins ce que je vais dire
que ce que je vais laisser tranquille.
Parce que ce sont souvent les silences
— ceux que l’on reconnaît sans pouvoir les nommer —
qui touchent le plus juste.
Si ce texte résonne en vous,
peut-être est-ce parce que vous aussi,
vous avez appris quelque chose
dans ce qui n’a jamais été dit.
Élisabeth.